« Usselskirch (Eglise d’Ussel). Sa situation de refuge : oppidum des romains. L’étymologie d’Usselskirch pose problème aux historiens : pour les uns le nom signifierait « Petite église », pour les autres, Ussel serait dérivé du gaulois Uxellos signifiant élevé, sorte de sémaphore de long de voie romaine à 1500m d’ici. »

De plan hexagonal, inusité dans les parages. Réalisation hétérogène présentant des caractéristiques lotharingiennes dans sa partie basse : murs de 1m40 d’épaisseur avec un escalier tournant incorporé (10ième siècle). Dans le haut, le beffroi présente de belles baies géminées à colonnettes, toutes différentes d’une baie à l’autre. Dans la maçonnerie, très belles et typiques arcatures noyées de nombreuses baies et meurtrières, nombreux éléments hétéroclites. Très belle tête humaine, enchâssées à l’ange Nord Ouest pourrait provenir d’une statue préchrétienne, érigée sur le site. Ensemble énigmatique, vestige d’une église attestée par les écrits en 1025 et construite par des moines bénédictins de l’abbaye Saint Maximin de Trèves.

Située à Boust (Buuscht), dans le canton de Cattenom (Kättenuewen) du département de la Moselle, elle fut Luxembourgeoise jusqu’au Traité de Pyrénées de 1659. L’édifice domine des environs boisés et la belle campagne du Pays de Rodemack (Ruedemaacher). Le sillon du Ruisseau de la Boler (Bouler) lui apporte du relief.

La voie romaine de Thionville (Diddenuewen) à Luxembourg (Lëtzebuerg) passe à proximité, entre le superbe village de Roussy le Bourg (Buerg-Rëtgen) et les hameaux de Basse et Haute Parthe (Uewer-Part/NidderPart). Elle fut donc un observatoire idéal aux époques anciennes.

En aucun cas Usselskirch ne signifie petite église. C’est un mot composé venant du langage populaire qui signifie l’Eglise d’Ussel, le s du génitif germanique le fait remarquer. La population locale la nomme depuis toujours Réimertuerm : la Tour Romaine.

Au Luxembourg proche, le village d’Useldéng/Useldange est également implanté à un carrefour d’une voie d’eau et terrestre sur la même voie romaine, dans la Vallée de l’Alzette (Uelszecht). Le langage populaire de cette bourgade est le même qu’à Boust.

Beaucoup plus loin de nous, Ussel dans le Cantal, Ussel en Haute Loire, Ussel dans le Lot, Ussel dans le Puy de Dôme et Ussel en Corrèze, dans le Ventadour, possèdent tous un vestige militaire comprenant au moins une tour hexagonale. Cette dernière localité, située à un carrefour de communication aux confins de l’Auvergne et du Limousin, nous donne sur son site internet l’étymologie d’Ussel par le gaulois uxello, qui signifierait Uch’el lieu élevé. Pendant la période romaine le site se nommait Uschellum, vicus sur la voie hadrienne.

Le ch de la racine celtique Uch’el, est souvent codifié x et se prononce comme le ch allemand ou le x basque.

Revenons chez nous. Uselskierch et Useldéng, en luxembourgeois, s’orthographient avec ulong. De ce fait un rapprochement avec Uechtqui signifie « vision large et même attention » est possible. Cette expression est encore couramment utilisée dans nos régions, dans les milieux ruraux précisément. D’ailleurs le radical de Boust –Buuscht est composé du même mono syllabique uuscht.

Quant à la forme hexagonale des tours, il s’agit d’un symbole courant dans l’antiquité : la croix d’orientation dans l’espace composées des quatre points cardinaux horizontalement et perpendiculairement du Nadir et du Zénith. Or, ces tours hexagonales possèdent six côtés symboliques, les six directions de l’espace animés ou transcendés par le 7ième rayon invisible du principe supérieur ou du verbe divin. On retrouve ce principe dans d’autres traditions, orientales et dans de nombreuses autres figures : la fleur de lys, la rose, de l’abeille etc.

Pourquoi cette tour hexagonale présente-elle seulement que cinq arches d’ouverture sur six façades, celle du Nord étant aveugle ? Comme ce fut l’usage dans l’antiquité la face tournée au Nord ne peut pas être ouverte, le Soleil ne peut ni l’éclairer ni l’atteindre. Elle symbolise les ténèbres et la mort.

Mais le mystère de ces tours reste entier. Les sociétés traditionnelles archaïques ne construisaient pas au hasard, loin de la logique de nos temps. Les voies et les maisons étaient conçues selon le principe de l’harmonie entre la Terre et le Ciel, en fonction d’une géographie sacrée qui nous échappe de nos jours.

Enfin, le langage populaire local, est d’une aide précieuse, dans le cas de recherche étymologique. Il a traversé fidèlement les âges, par tradition, il était la mémoire populaire, celui des mythes1.

Uecht

Horizon, vision de l’espace naturel, attention.

uechten, verbe – surveiller, estimer

An Uecht huelen – faire attention, remarquer

Horizon, au 12-13ième siècle – orison, emprunté au latin horizon-ontis

L’étymologie du nom du village de Boust, Buuscht, est singulièrement proche de Uecht.

1 Voir « La Frontière Linguistique » d’Alain Simmer, aux éditions Fensch-Vallée