Sobriquets – Les loups d’Ewendorf – Iewendrowwer Wëlf

Les mots en italiques gras sont tirés du vocabulaire Plattluxembourgeois/mosellan et respectent la codification officielle. Les noms propres ne sont soumis à aucune règle précise sauf à la rigueur aux usages locaux qui sont parfois très diversifiés.

Avant de fournir sur une origine plausible de ce sobriquet, apportons quelques éclaircissements sur l’histoire du nom même de la localité. Les origines de ce petit village, qui paraît oublié sur le plateau sierckois, sont bien lointaines. Son isolement pourrait justifier ce vieux cliché de jadis, à savoir, qu’il eut été assiégé par les loups affamés de l’hiver. Peut-être ?

On peut penser que le nom d’Ewendorf(f) – dans le langage local Iewendrof(f) ou encore Iewendrëf(f) – pourrait avoir une origine gallo romaine, et cela à deux titres.

1-Sur une partie du territoire de la commune, des fouilles entreprises au 19ième siècle mettent à jour des vestiges gallo romains, parmi d’autres restes d’une époque bien antérieure, notamment celle d’époques préhistoriques. Néanmoins, une villa romaine fut établie à cet endroit, selon les recherches entreprises à cette époque. Les alentours de Kirschnaumen sont riches de trouvailles archéologiques.

2-Alors que son appellation dans le langage local, Platt, n’a jamais varié, signe d’authenticité, Ewendorf a porté successivement de nombreuses autres appellations approchantes à celle d’aujourd’hui, tels que Ebendorf, Effendorf etc., par exemple. Il est vrai que de nombreuses raisons politiques et administratives sont à l’origine de ces changements constants. Le village d’Aboncourt, toujours en Moselle, se nommait aussi Ewendorf. Aboncourt était situé dans le passé en dedans de la zone linguistique germanique dont nous faisons encore partie. Il faut savoir que les terminaisons en Dorff ou Troff, sont fréquentes pour beaucoup de noms de localités de la région de Thionville. Elles sont l’héritage déformé d’un mot latin Tropo qui signifie troupe ou escadron. Tropo fut souvent traduit par court, du latin curtis, qui signifie cohorte ou fantassin. Le radical des deux villages Abon ou Eben ou Ewen viendrait du latin Epin. Cela s’explique par la transformation de la lettre P en B et B en V, si fréquente dans les zones franques, comme c’est le cas d’Ewendorf et d’Aboncourt. Epin est lié à cheval, ce qui sous entendrait qu’Ewendorf et qu’Aboncourt auraient été des relais militaires romains. Et, en aucun cas Troff serait une déformation maladroite du Dorf allemand. On rencontre de nombreux villages dans notre grande région linguistique interfrontalière dont le radical est proche de eben, eppen, comme Etting et même Hettange, par exemple. Enfin rappelons que notre langage populaire, le Platt, traduit parfaitement l’authentique appellation du village par Iewendrëf(f). Notre langage restera toujours la référence dans le domaine étymologique de la topologie locale.

C’est une explication qui en vaut une autre et revenons au sobriquet le loup ou de Wollef.

L’Eglise fut, dans des temps encore très proches, le centre du village, encore que de tous les temps les lieux sacrés le furent dans toutes les traditions. Notre époque moderne en fait négation. L’Eglise d’Ewendorf date du 12ième ou du début du 13ième siècle. Rappelons au passage que la paroisse de Krischnaumen dont elle dépendait faisait partie de l’Archevêché de Trêves jusqu’au Concordat de 1806. Elle fut dédiée à Saint Eloi (Eligius), ce qui confirme la thèse des chevaux romains dans le sens du radical Epin dans l’origine du nom du village. Puis, elle fut un temps dédiée à Saint Erasme, un théologien allemand de grande valeur philosophique, certes, mais qui des jours qui suivirent la réforme ne fut plus tant en odeur de sainteté que cela. Erasme fut l’auteur de l’Eloge de la folie en 1466-1469. Puis la chapelle fut dédiée à Saint Ulrich vers la moitié du 18ième siècle. Or le nom de ce saint signifie en germanique littéralement la puissance du Loup.Nous y voilà. Cela peut expliquer le sobriquet des Loups d’Ewendorf ou d’Iewendrëfer wëllef ou wëlf dont les habitants de ce village sont affublés.

Examinons d’un peu plus près le sens du Loup et nous trouverons certainement de curieux rapprochements avec la topographie du ban de Kirschnaumen-Ewendorf et des proches environs.

Wollef (de)

Le loup – pl d’Wëllef – Latin lupum – D = Wolf . Des tribus indo-européennes tirent leurs noms du loup. Par exemple le peuple arcadien des Lukountes. Ulfr islandais , Arnulf, Rudolf, Adolf = germanique (entre autres) – Irlandais = Olcan Le nom (i.e) du loup a souvent été remplacé par le celui du chien. Loup en verlant = wollf (rappel: p=f=v)

Wierwollef

Le loup garou. Forme ancienne « leu warou » leu garrou – c’est un renforcement pléonastique, puisque garou signifie homme-loup conformément au francique = wari-wulf=garroul. D’où en Platt wierwollf.

bleech

Adjectif – pâle. D=blassm, bleich – NL=bleek. Vient d’une plante, la jusquiame, indogermanique = *bhel(no) : la pâle, en vieux bavarois bilina, russe belena. Dans le moyen-âge, en sorcellerie, on utilisait trois drogues, dont la jusquiame. L’un des résultats attendus de leur usage était la transformation, de celui qui en absorbait, en loup-garou. Noter que loup en celtique se dit Blez Bleiz ou Beleiz et Lyco en Grec ancien. Saint Blaise, médecin, ne vivait-il pas en ermite au milieu des bêtes sauvages ? Notons que la ville de Blois en Loire (Loire=l’Ours en vieux gaulois) vient du vieux gaulois Blez qui signifie le loup. Et rappelons que Saint Erasme dans son Eloge de la Folie fait allusion aux drogues hallucinogènes dans la transformation de l’homme en loup garou.

A la lecture attentive de ces brèves définitions nous remarquons :

Que Saint Erasme à la lecture des commentaires sur l’évangile par Saint Bernard (surnommé parfois l’Ours) a vaincu le bête tantôt le lion tantôt le loup. Erasme a écrit l’Eloge de la Folie où il fait référence aux troubles psychiques liés à la « loup-garoumanie ». Il fait référence dans son oeuvre de « Fenrir fils de Loki et de Hel la gardienne des enfers ». Le Loup est ce Gardien du Seuil vaincu par le Christianisme comme Saint Michel a vaincu le dragon.