Le Klaussberg – d’Klauss Altitude de 312m

Il domine Montenach, là où se dresse la Chapelle de la Klauss. Celle-ci est placée sous le patronage de saint Cyriaque, mais, elle est également dédiée aux Saints Auxilaires. Jusqu’au début du 19ième siècle cette chapelle, haut lieu de prières et de dévotion, faisait l’objet d’un pèlerinage très important. Les quatorze saints auxiliaires sont invoqués pour la guérison de maux très précis et contre le démon qui serait à l’origine des souffrances et des maladies en général.

Mathieu II, Duc de Lorraine, ordonne en 1235 la construction de la Chapelle saint Cyriaque sur les hauteurs du Klaussberg. Il officialisera en 1238 la création de la communauté des moniales Cisterciennes de Marienfloss. Cette initiative répond aux persistances païennes dans la région. Le site religieux de la chapelle de la Klauss n’est donc pas récent et se substitut à un site païen probablement ainsi que Marienfloss comme cela est courant.

Il fut question d’un ermitage sur les hauteurs de Montenach et ceci peut être expliquée par le mot « Klauss ». Un ermite était un homme de religion, un maître ou un éducateur vivant sur son ermitage qu’il entretenait. Il y priait et se livrait à la méditation. Ces religieux ont-ils été les successeurs de ces anciens prêtres païens, les druides ? Les croyances païennes sont restées fortement ancrées dans la mémoire des paysans d’antan, l’origine du mot « païen » vient du latin pagus, qui désignait les païens nombreux dans les campagnes.

Les pèlerinages contemporains à saint Cyriaque et aux saints auxiliaires de Montenach se déroulent le jour des rogations et le 8 ou le 10 Août. Saint Cyriaque et la saint Laurent, sont saints protecteur contre la foudre.

Les croyances païennes étaient les recours contre les « mauvaises » forces dirigées contre leurs misérables existences des populations campagnardes : météorologie dévastatrice des champs et des récoltes et contre les calamités qui frappaient les populations et leurs maladies de toutes sortes, le feu, les inondations, les guerres, les pillages et les disettes etc….

Les rogations, ces « promenades matinales » à travers la nature, furent de belles fêtes d’une tradition bien lointaine dans le temps! Les rogations ne sont-elles pas fêtes de substitution des fêtes païennes? Les prières et les processions à travers les champs pour obtenir de Dieu, par l’intermédiaire des saints invoqués dans les litanies, la protection des récoltes à l’époque proche du solstice d’été, propice aux catastrophes météorologiques de toutes sortes : sècheresse ou orages, foudre et grêle etc… ?

Quant pèlerinage qui avait lieu les 8 et ou le 10 août, jour de la saint Laurent, nous osons imaginer qu’il eut un lien avec l’église de l’ancien village de Bruch, dont il était le patron. Cette église a disparu par le feu au moyen-âge. Ce village se nommait d’ailleurs saint Laurent aux Champs et se situait sur le territoire de l’actuelle Marienfloss. Laurent vient de laurier. Il est la traduction de feu éclatant. Un laurier en feu crépite! Saint Laurent, fut martyre par le feu. Il est l’héritier d’Apollon, le dieu romain de la lumière. Selon certaines sources Saint Laurent aurait pu prendre la place de Garguantua, le géant successeur du Dragon, qui était honoré par les païens aux endroits liés à l’eau.

Henri Donteville dans « Mythologie française » aux éditions Payot, page 156, écrit à propos des rogations : « La date de calendrier de beaucoup la plus fréquente des cérémonies commémoratives, est celle des Rogations et spécialement le troisième jour. A cette époque de l’année, il s’agit, par prières appropriées, de protéger les récoltes naissantes contre les maux des eaux. Au troisième jour, le « Dragon » doit être détruit ou moins jugulé. »

Le pèlerinage au Klaussberg est ainsi une survivance d’une très ancienne tradition ou d’un très ancien rite, lié à l’eau et au Dragon mais aussi au feu, quand les céréales risquent de flamber par le feu que peuvent déclencher les orages d’avant et de fin d’été. Et puis, au pied du Klaussberg, deux ruisseaux convergent et par gros temps de pluie, les débordements étaient fréquents.

Klaussberg, signifie littéralement en allemand « colline de Nicolas ». Saint Nicolas est un saint sauroctone, lié à l’eau et au démon. Il est le patron des bateliers, avant d’être celui des enfants, et le protecteur contre les inondations. L’origine de la croyance en saint Nicolas prend ses racines dans le plus profond de l’antiquité païenne!

Le Klaussberg est la pointe avancée de ces grands plateaux céréaliers de la région de Kirschnaumen et de Montenach. Saint Nicolas surveille, pensait-on, tant l’eau que le feu!