fransl

Francis André-Cartigny

Rettel – Le Couvent de Rettel – de Klouschter

Ce que l’on racontait à la veillée :

Il y a longtemps, un hiver, par temps de neige, les moines, également guerriers, assiégés, avaient réussi à s’échapper avec leurs chevaux. Afin que les traces de leurs montures ne révèlent pas la direction de leur fuite et ne renseignent pas à l’ennemi ou l’envahisseur, les moniales prirent le soin, préalablement de ferrer leurs chevaux à l’envers.

Le seul ouvrage qui traite véritablement de l’histoire du couvent de Rettel est celui de l’abbé Hoffmann, né à Rettel en 1886, professeur au petit séminaire de Montigny les Metz.

L’histoire n’est non pas seulement complexe mais elle est aussi nébuleuse. En effet la création du couvent de Rettel remonterait à l’an 800 et la communauté religieuse aurait été fondée selon la volonté d’une des sœurs de Charlemagne, Effetia, en résidence à Haute-Kontz (Uewer-Kontz). Il est possible que le village se soit construit petit à petit autour d’un large domaine. Mais celui-ci avait certainement déjà été occupé auparavant par les Romains, qui s’établissaient dans les plaines.

Le couvent est cédé, en 892, aux Bénédictins de Prüm. Des moines de cet ordre s’y installèrent. Il passa aux mains des Chartreux de Marienfloss en 1431. Ainsi cet ordre fait son entrée en Lorraine.

Les derniers bâtiments de la chartreuse de Rettel furent érigés en 1740 sur un modèle analogue à celui de la Chartreuse de Bosserville près de Nancy, également située sur les Bords de la Moselle.

Voilà ce que rapporte Jules Florange dans ses Cahiers Luxembourgeois à ce propos :

« … la nouvelle chartreuse terminé par deux ailes, coupé au milieu par l’église et construit sur le modèle de la chartreuse de Bosserville-les-Nancy vers 1740. Cette église composée du chœur et de la nef, mesurait environ 40 mètres de longueur et portait un clocheton. Son portail tout en pierres de taille superposait un double étage de colonnades dans lesquelles l’ionique et le corinthien se mariaient.

Des deux côtés de l’entrée il y avait deux niches aves les statues de saint Bruno, fondateur des Chartreux, et de Saint Sixte, patron de l’ancienne abbaye bénédictine. Le Fronton était chargé d’une horloge en marbres gris rougeâtre, mesurant aves ses assises 13 m 50 de hauteur.

La nef contenait une douzaine d’autels, une chaire à prêcher et des orgues. Le maître-autel se trouve dans l’église de Sierck, le baldaquin et les orgues ont été transports avant 1804 et la chaire est conservée dans l’Eglise de Rettel.

Les travaux d’ébénisterie de l’église avaient été exécutés en 1742 et 1743 par l’entrepreneur Conrad Stotmayer, maître menuiserie de Trèves. Jean Mellinger, le vieux menuisier maître-doreur, sculpteur, bourgeois de Saint Avold, et son fils Jean-Remacle (sculpteur des têtes d’anges) avaient été chargés des travaux de sculpture.

Jean Mellinger était né à Sierck en 1678 et son fils vit le jour à Saint Avold en 1715. Ce dernier avait plusieurs frères artistes comme lui.

A gauche et à droite de l’église au 1er étage se trouvaient les appartements réservés aux étrangers et les cellules du prieur et du coadjuteur. A droite, au rez-de-chaussée, la salle de réception des hôtes et le réfectoire des frères laïques, etc. Derrière le bâtiment, dont tout le 2ième étage était pris par les greniers, se trouvait le grand cloître entouré de seize cellules dont on aperçoit encore quelques spécimens.

Après un demi-siècle d’existence cette importante construction, reproduite par la gravure, a été démolie après la tourmente révolutionnaire. Il n’en subsiste que le réfectoire des Pères, transformé en maison d’habitation, puis la bibliothèque et un bâtiment contigu abritant depuis 1876 un orphelinat, dirigé par des religieuses de l’Ordre de Saint Dominique. »

Cette période cartusienne, selon l’histoire moderne, serait la plus riche en événements. Les guerres et les incendies successifs contribuèrent aux renouvellements constants de travaux de restaurations et d’aménagements.

Le domaine de cette puissante institution s’étendra constamment. C’est la Révolution Française qui mettra un terme à cette expansion en confisquant et en dispersant les biens de la communauté. Pillages et destructions massives marquèrent la fin de ce long épisode historique qui aura concerné non seulement toute la région, mais toute l’Europe.

Après la Révolution Française quelques cénobites vinrent à occuper les bâtiments restants.

Puis après ces événements et les années de l’après guerre franco-allemande 1870 une nouvelle communauté de Dominicaines s’installera dans les ruines de l’ancienne chartreuse. Sur l’impulsion du Curé de Haute-Kontz, l’abbé Curicque, une institution religieuse nouvelle prendra jour à Rettel. Le pays est alors intégré au nouvel Empire Allemand dans une nouvelle entité politique nommée Elsass-Lothringen(Alsace-Lorraine). Or cette nouvelle communauté religieuse est d’ordre contemplatif. Elle ne put se constituer pleinement. En effet les lois impériales interdisaient la création de communautés établies uniquement sur de telles règles sans occuper d’activités laborieuses assurant ainsi leur subsistance temporelle.

En revanche, en 1875, sous la responsabilité de sœur Agnès des Cinq Plaies, fille spirituelle du curé de Haute Kontz, l’abbé Curicque, une communauté naissante occupa très modestement les ruines de l’ancienne chartreuse pour prendre en charge des enfants abandonnés ou orphelins.

Les sœurs assuraient également l’école maternelle du village jusque peu avant la seconde guerre mondiale. De même elles assurèrent de soins infirmiers à domicile jusque dans les années 1960.

Le couvent de Rettel a traversé le temps et ce malgré les guerres nombreuses, notamment les deux guerres mondiales des temps modernes. Les derniers outrages de la folie guerrière furent les bombardements de l’armée de libération américaine en septembre 1944. Il faudra déplorer quelques victimes mortellement touchées mais aussi quelques blessés parmi les membres de la communauté et du village.

L’association Saint Dominique a pris la suite de l’œuvre initiale et poursuit la mission de Sœur Agnès dans le cadre d’un Institut Médico-Pédagogique dans son œuvre d’assistance à l’enfance.

Marquer votre visite d'un commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 25 septembre 2017 par dans Val Sierckois Mystérieux, et est taguée , , .
%d blogueurs aiment cette page :