La traduction littérale de ce mot germanique Altenberg serait « vieille montagne ». Aucun doute, berg signifie ici une hauteur. Mais vieille hauteur? Existerait-il des collines plus vieilles ou plus jeunes que d’autres dans nos régions ? Une fois de plus il faut se tourner vers notre langage local qui désigne cette petite montagne par Aleberg. En effet, en apparence, cela pourrait traduire également « vieille montagne ».

Le cadastre reprend, tel que, les appellations millénaires véhiculées par les langages locaux et la tradition orale mais les traduit dans un langage plus policé (1) . Les fonctionnaires à la rigueur pensaient souvent bien faire en rectifiant les appellations populaires, toujours selon le fameux préjugé selon lequel les campagnes sont moins lettrées que les villes. Or cela est une grave erreur, car les campagnes furent longtemps protégées des nouveautés souvent contraires aux traditions et parfois à la sagesse populaire.

Les appellations, surtout celles des hauteurs vénérées par les anciens, celtes notamment qui y élevaient des monuments, parce que ces collines ou ces montagnes rapprochaient les hommes des cieux. Elles représentaient des échelles, des ponts qui les reliaient aux dieux. D’ailleurs dans le langage populaire Berg se prononce « Berech », et cela est proche de Bierch que nous venons de relever à propos de la première appellation de Koengisberg en 894. Or, par le phénomène de la métatèse, Berech se prononcera ainsi « brech », c’est à dire Bréck dans les langues anciennes d’origine indo-européenne, qui en langage local signifie pont, « briga » en celtique. Or, la Montagne est ce pont, ce pontifex qui permet de se rapprocher des dieux. N’oublions pas ces phénomènes linguistiques qui transforment les mots à travers le temps, par exemple en déplaçant notamment un r à l’intérieur d’un mot, comme «gar en gra » ou comme Storm en Strom ». (2)

L’appellation Altenberg est la traduction allemande du même mot en Platt. Le cadastre a repris les appellations du langage local, ce qui est juste. Al dans toutes les langues indo-européennes signifie élevé dans le sens physique, mais aussi dans le sens spirituel (Briga). Le préfixe al ou alt doit être rapproché de ahls en celtique qui signifie sacré, hauteur, noblesse, comme en latin alter qui signifie élevé, surélevé, autel pour les sacrifices. Les préfixes bal, cal et mar ont également une étymologie préceltique et signifient aussi hauteur par exemple : Alpes, Alésia etc…

Notre colline ne mérite donc pas plus qu’un autre un titre d’élévation particulière, à moins qu’elle fût jadis une montagne sacrée, ce qui est possible, mais cela reste à prouver. Elle est élevée certes, de 327m seulement alors que le Kirschberg l’est de 373m et le Schneeberg de 421m. L’appellation remonte à la nuit des temps et doit être prise dans le sens spirituel ou sacré et traditionnel du mot. Toutes les sociétés étaient traditionnelles et donc toutes se référaient au sacré; le profane est une notion moderne, donc nouvelle, et par essence il s’oppose à la tradition.

On trouve en Europe, en Allemagne notamment, un certain nombre de lieux nommés Altenberg, en Forêt Noire, mais aussi en Alsace, face au Château du Haut Koenigsbourg justement. Le rapport des noms d’Altenberg et de Koengisberg est probablement beaucoup plus important qu’on ne le pense. Ils sont en quelque sorte analogues.

Comment apporter une réponse à nos interrogations à propos des origines lointaines de l’Altenberg notamment s’il s’agit d’un lieu dit « alésien » qui occupent des lieux entourés par des cours d’eau plus ou moins important qui les isole en presqu’îles très larges. Ils possèdent une source minérale. C’étaient des lieux d’assemblées c’est un des sens primitifs retenus du mot : alman (allemand) (3). L’appellation Altenberg est vraisemblablement le fruit d’une germanisation de l’appellation d’une colline au sens « élévation»

De ceci j’oserai conclure que Altenberg signifie en lui-même Konigsberg, Koenig étant pris dans le sens d’altesse, proche d’altitude et de hauteur. Aussi quoi de plus logique que l’implantation d’une ferme nommée Kinsburg sur une colline nommée Koenigsberg. Pour nous conforter dans cette idée tournons-nous vers l’Alsace et son célèbre Haut-Koenigsbourg.

(1) De l’appellation de Stromberg – La Roue Enflammée de Contz les Bains – Editions Fensch-Vallée – 2000 – Francis André-Cartigny.

(2) Les phénomènes linguistiques que l’on nomme métathèse transforment les mots à travers le temps, par exemple en déplaçant notamment un r à l’intérieur d’un mot, comme « »gar » en  »gra » » ou comme «berech en brech/Bréck (pont en Platt) ».

(3) Un stade alésien est égal à un sixième d’un degré (e Siechtel). Voilà encore un rapprochement à faire avec Sierck, peut-être ? Xavier Guichard – Eleusis-Alésia enquête sur la civilisation européenne – Imprimerie F. Paillart, Abbeville.