Cet animal accompagnait souvent Saint Martin et d’autres saints personnages. Jadis, Sierck – Sierk était rattachée à la paroisse saint Martin de Rustroff – Réistroff. Ainsi les habitants de Rustroff sont-ils également désignés par ce sobriquet d’Âne – Iesel, après celui de «Matous de Rustroff – Réischtrowerkouder».

Dans la plus haute antiquité l’âne fut un animal sacré et parfois divinisé, porteur d’un sens tantôt bénéfique, tantôt maléfique, tel l’âne rouge infernal. Tout symbole possède un double sens. Aussi, plus sympathique, à la Saint Martin, le 11 novembre, était la coutume de réveillonner d’une oie grasse ou d’une cane de choix. Cette fête fut, un temps, très importante et même toute aussi importante que la Nuit… de la Saint Jean, la fête patronale de Sierck les Bains et de Contz les Bains, Nidder-Conz. Quel rapport peut-il y avoir entre l’âne de la Saint Martin et l’oie ou la cane qui faisaient l’objet des délices de la table au soir de la Saint Martin?

L’antique tradition celtique représentait souvent des ânes à tête d’oie nommés «ânes à bec» ou des «oiseaux fées», relation faite à la Fée Mélusine lors de son envol. Dans la Vallée de Munster, en Alsace, le Père Noël, qui n’est que Sancta Klaus ou encore Saint Nicolas avec son âne, est figuré par la « Fée de Noël » ou la « Mère Noël». Il s’agit certainement d’un héritage des anciennes tribus germaniques dans lesquelles sociétés, la femme tenait une place bien différente de celle qui lui est attribuée par nos sociétés actuelles. La Fée de Noël en Alsace distribue au soir de la Nativité des cadeaux, comme le font les fées à minuit lors des quatre fêtes cardinales (1). Et cela n’est pas sans rappeler le vol de la déesse germanique Nertus, à la nuit du solstice d’hiver, envolée qu’elle entreprend sur son char attelé de rennes, des cervidés identiques ceux de Saint Hubert, fêté le 3 novembre.

Ânes et oiseaux ne feraient-ils qu’un ? Ce n’est pas impossible, d’une certaine façon. Nombreux sont les exemples de transformations mystérieuses d’animaux, dans les mythologies indo-européennes ou orientales mêmes, soit par métempsychose ou par simple magie. L’étymologie du mot âne, ou tout du moins son radical, se retrouve dans celui de l’oie ou de la cane.

En effet. L’oie en vieux germanique se traduit par Gans, Ganta, Gander etc… Cela est fort intéressant et nous voici à nouveau projeté dans le Val Sierckois sur les rives du ruisseau de la Gander, d’Ganner, à Gandren et même à Contz les Bains quand on songe à son ancienne appellation Cand. Arrêtons-nous là, les exemples sont trop nombreux. L’âne et l’oie présentent donc en contrepartie une part bénéfique, « béate» et bien sympathique voir même «candide». Et la cane est traduite par Ente en allemand et en latin anas. L’âne sera traduit par Esel en Allemand, Ieselen Platt et asinus en latin.

Sachons encore qu’en vieil allemand l’oie se traduit par schwan, mot proche de l’appellation celtique de la fête du nouvel an, le 1er novembre, de Samain. Il faut prononcer Schouaïn. N’est-ce pas proche de Schwäin en Platt ? Rien de surprenant quand Novembre fut le mois où l’on sacrifiait le cochon. La Saint Martin se situe dans la décade de cet événement celtique.

Finalement, l’âne de Sierck concerne l’ensemble du Val Sierckois. Les villages de Sierck, Contz les Bains, Rustroff et Gandren sont peut-être liés de près ou de loin à l’âne têtu et à l’oie ou la canne gras des bords de la Moselle.

Pour conclure, nous constaterons une fois de plus le rapport analogique qui existe entre tous les animaux. Cela est le propre du bestiaire qu’ils soient tous symboles. Le symbolisme est la traduction humaine d’une même vérité, présentée sous des aspects différents.