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Francis André-Cartigny

Le sobriquet des habitants de Haute-Contz et de Contz les bains

Haute-Kontz 20012 0710
Les populations d’un bourg à l’autre se gratifiaient de sobriquets et ce n’était jamais par hasard. Il datent en général, et d’autres surnoms pouvaient encore leurs être attribués à tout moment à l’occasion d’un évènement. Les dialectes anciens étaient teintés d’humour. Ces temps sont passés, les villages ne sont plus « fermés ». C’est une bonne chose, car l’intégration dans un village jadis était longue et parfois difficile. En revanche leur histoire et leur culture tombent peu à peu dans l’oubli.

Les habitants des villages de Haute-Kontz, Uewerkonz et de Contz les Bains, autrefois Basse Contz, Nidderkonz, se partagent le même sobriquet Konzerbounen, traduit par haricots de Contz. C’est logique, puisque les deux localités ne faisaient qu’une paroisse jadis. Que signifie ce sobriquet ?

Le haricot sec, la fève, fut l’aliment principal des paysans dans beaucoup de régions, bien avant l’arrivée de la pomme de terre. On connaît la réputation de la cuisine luxembourgeoise, proche, du Bouneschlupp ou de la Bounezopp ou le porc avec les Gaardebounen ! On imagine bien que les Contzois en plantaient beaucoup et devaient en être friands. Il ne pouvait s’agir que de fèves puisque le haricot vert fut importé des Amériques tardivement.

La bourgade de Monnerech-Mondercange, au Luxembourg, porte fièrement le sobriquet de Bounesäck, c’est-à-dire « Sacs à haricots». D’ailleurs d’une façon très générale, tous les agriculteurs se faisaient traiter gentiment de Bounesäck, sacs à haricots. C’est ce qui a du arriver aux habitants de Haute et Basse Contz, laquelle paroisse eut certains liens avec le Luxembourg. Elle fut jusqu’en 1802 attachée au chapitre de Remich de l’Archevêché de Trèves.

Le radical bon, de Boniface, est lié au mot allemand Bohne et luxembourgeois Boun et qu’à la Saint Boniface, selon un vieux dicton, il convenait d’avoir planté ses haricots, fêté le 14 mai. Par ailleurs ce même radical bon et son dérivé ba se retrouve dans le russe faba et aussi dans le latin faba qui signifie également haricot. Il est possible que cette plante, la fève, vienne de biens lointains horizons, car elle ne se trouve pas dans la nature européenne à l’état sauvage. Le légume ne serait pas d’origine indo-européenne, mais peut-être d’origine sud américaine, mais la relation étymologique avec les langues de ce continent n’est point établie.

Le Dimanche de Laetare, c’est à dire le Dimanche suivant la mi-carême, n’est autre que l’ancienne Saint Valentin ou encore le fameux Dimanche des Bretzels, Bratzelsonndeg. Or ce dimanche se nomme aussi Bounensonndeg, Dimanche des Haricots. En effet la grosse fève luxembourgeoise servait à produire de la farine pour confectionner la pâte d’un gâteau.

La fève était aussi à l’honneur dans la galette des Rois. Celui qui tirait la fève noire recevait la couronne de papier et celle qui tirait la fève blanche devenait sa Reine. Le roi d’un soir pouvait même être invité à payer le repas.

Toujours, pour le Dimanche de Laetare, Dimanche des Bretzels, correspondait du temps du calendrier Julien à la Saint Valentin (mi-carême), les enfants d’Arlon, et des environs, se levaient tôt le matin et allaient réveiller les jeunes mariés de l’année passée (les Valentin de l’année précédente) pour leur réclamer des haricots secs. Ils leurs chantaient en retour de vieux refrains sur le thème des haricots. Quelle belle grasse matinée romantique!

 

Enfin, une autre tradition s’est éteinte avec la Révolution Française, à Basse Contz. Il s’agit de la grande manifestation de l’Ascension. Ce jeudi de fête carillonnée suivait les trois jours des Rogations, les Saints de Glace, dont fait partie Saint Boniface. Les paroissiens se rendaient en procession après la Grand’ Messe de l’Eglise à la place du village pour la distribution des aumônes aux pauvres. Nous sommes au printemps et les vivres des récoltes de l’année dernière sont chez beaucoup épuisés et les nouvelles productions n’ont pas encore donné. Les pauvres du lieu et des environs recevaient de quoi finir la fin de la maigre saison. On peut penser que les paroissiens leur offraient leurs légumes favoris et certainement produits en grande quantité, à savoir sans surprise des haricots secs qui se conservent si bien. Cette manifestation contzoise date de 1452, date d’arrivée de Peter Von Kuss dans le village qui fonda les Hospitaliers. Ce fut une antique tradition du monde chrétien.

Alors ce Konzerboun est une belle tradition et pas seulement qu’une taquinerie qui faisait rire les écoliers?

Ont été consultés:

Etymolgisches Wörterbuch der Deutsche Sprache – Kluge 2002 Luxemburgischer Wörterbuch – 1975
Le Robert étymologique et historique
Emile Gleize – Le Pain et le Vin

Chanoine Dicop – Les Hospitaliers de Basse Contz.

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Cette entrée a été publiée le 26 septembre 2017 par dans Val Sierckois Mystérieux, et est taguée , , , , , , .
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