Aux portes de la Belgique, Maastricht ville frontalière des Pays-Bas est arrosée par la Lixhe, confluent de la Meuse, Maas  à cet endroit même. Tricht,  la seconde syllabe du nom de la  célèbre ville signifie entonnoir dans la langue du pays, le Platt. Ainsi Maastricht signifie littéralement confluence de la Meuse.

En ce 20 septembre 1992, deux centième anniversaire de la Canonnade de Valmy, décisive pour l’Europe, les Français étaient consultés par voie de référendum, sur le projet de signature du fameux Traité de Maastricht, pierre de fondation de l’Union Européenne et de sa future monnaie unique: l’Euro. La campagne électorale ardente pour les politiques fut sans grand enthousiasme pour les électeurs. La Télévision Française, après la signature des fameux Accords de Schengen en 1985,  nous faisait profiter des talents linguistiques des hommes politiques et sur leur manière de prononcer en Platt le nom de cette bourgade luxembourgeoise. A les entendre on ne doutait plus des réelles dispositions des français pour les langues étrangères.

Un sondage publié le 28 août 1992, quelques jours avant le vote français, faisait état d’une intention de vote probable de  53% de nos nationaux contre le Traité. Mais, les médias se voulaient confiant sur l’issu final et répétaient inlassablement le fort attachement de nos concitoyens à l’idée d’une Europe Unie. Mais les marchés, plus sceptiques, s’inquiétaient de l’issue de la consultation référendaire en France. Le Système Monétaire Internationale, le SME, fut de ce fait fortement attaqué et volait en éclat, menant à mal les résultats de la politique de convergence, soutenue à coups massifs de fonds et d’interventions des banques centrales. Le couple Mark-Paris (Franc /Deutsch Mark) réussissait, autant que faire se peut, à maintenir leurs courbes  dans les limites des critères de convergence et dans une fourchette acceptable, face à l’envolée du dollar qui traduisait une défiance absolue des marchés sur l’avenir de ce traité. Les conséquences à terme d’une telle situation étaient catastrophiques pour le lancement d’une monnaie unique et risquait de mettre en échec le processus d’union européenne.

La télévision organisait donc aux journaux de 20 heures une petite séance en direct sur la manière de prononcer le difficile nom en Platt de la petite ville des Pays Bas, qui accueillerait les douze signataires du traité fatal. Pendant ce temps les monnaies de la presqu’île ibérique ne supportaient plus les attaques des marchés et crevaient le plafond. Leur studieuse et persévérante avancée vers l’Euro explosait littéralement. Il s’agissait de l’Escudo Portugais et de la Peseta Espagnole. Bref, ce fut l’hécatombe et cela révélait les réalités. Mais les banques centrales mirent « le paquet », si on dose dire, le temps de tenir jusqu’au 20 septembre, date du référendum. On pu ainsi noter une remise en ordre temporaire du SME, mais combien artificielle et coûteuse !

Pendant ce temps, esquivant les questions difficiles à propos des événements financiers et monétaires, les hommes politiques s’amusaient ou amusaient les électeurs en tentant de prononcer « Maastricht » correctement. On « rigolait » bien le soir au Journal Télévisée. Certains, comme le célèbre Ministre de la Culture Monsieur Jacques Lang, plein d’humour, tentait de se différencier, linguistiquement, cette fois, en exposant ses propres vues dans la manière de prononcer Maastricht afin de rendre plus attractif le vote de Dimanche à venir: plutôt « Masstrike » que Masstricht ! Heureusement Monsieur Helmut Kohl qui parlait le Platt, non pas sans le savoir comme le bourgeois gentilhomme, mais comme un Rhénan plein de bons sens, mis un terme aux « Gaîtés de l’Escadron pour l’Euro » en déclarant formellement que ce serait  « Maaaaaaaaaastrichhhhhttt» la bonne manière de prononcer, rappelant ainsi la « puissance de feu » du Mark alors que l’Escudo et la Peseta descendaient aux enfers. Après une campagne dont le timide résultat d’un peu plus de 50% de Oui, les habitants des petites villes de Maastricht et de Schengen, purent enfin reposer leurs oreilles fatiguées et écorchées. Et, il était déjà question d’un futur traité important à Nice ! Une déclinaison de la prononciation de cette ville de la Riviera Française est-elle possible, Monsieur Jacques Lang ?

Note : Le Platt fait partie du parler moyen-allemand (Mitteldeutsch), groupe de dialectes largement répandu aux Pays Bas, Belgique, Luxembourg, Moselle, Sarre, Rhénanie et Palatinat.