Les livres fonciers ou les cadastres de nos régions germanophones intitulent certaines aires de cultures par Gewan ou Gewann. « Ce serait sur les espaces désencombrés des plateaux calcaires de l’Alb souabe que les «Gewanndörpfer » auraient pris naissance. Dans les vieux villages qui s’y créèrent au terroir morcelé, les parcelles étaient groupées en quartiers et ceux-ci en soles »1.

Elles regroupaient des terres cultivables: vignes, céréales, fruits et en aucun cas de  bois ou de prairies. Les chartreux pratiquaient  de la sorte. Gewan proche de l’allemand wenn, wenden, gewenden, désigne la limite des zones d’habitation aux zones de cultures. Elles se répartissaient en trois catégories : d’Broochgewan, la culture légumière, d’Fruuchtgewan, les céréales, et Lenzgewan, production d’haricots, lentilles etc. Mais existaient aussi la Wéngertgewan, les vignes de plaine et la Bongertgewan, les vergers.

Nous étions loin d’imaginer que nos Gewan(n) seraient un jour éventrées et que leurs blessures ne se refermeraient plus jamais. Nous y apercevions  nos grand-mères à l’œuvre avec leur coiffes. Ces terres fertiles, saccagées et volées, ont été abandonnées comme une femme aimante ayant tout donné à son amant et sans retour. A présent des étangs cicatrisent ses plaies et une végétation sauvage, refuge des oiseaux, console un peu les mémoires.

Ce sont les terres les plus fertiles qui furent sacrifiées pour l’expansion immobilière. Il faut se rappeler des maraîchers aux portes de Paris. Elles sauvèrent la capitale de la famine lors du siège de 1870.

Les mots en italiques gras sont codifiés dans la langue luxembourgeoise

1 Monsieur Gaston Roupenel, dans « Histoire de la Campagne Française » – Grasset 1932.

La culture par assolement consiste à labourer la terre par roulement de culture.

Le mot sanscrit àjras désigne également un ensemble de terres cultivables, une plaine cultivée ou une campagne agricole.