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Francis André-Cartigny

Rettel – L’Eglise Saint Laurent

Du 12ième au début du 19ième siècle l’histoire de notre église est liée à celle du couvent.

Une communauté de bénédictins ou de bénédictines aurait été fondée aux alentours de l’an 800 par Effetia une des sœurs de Charlemagne, en résidence à Haute-Kontz. Des doutes subsistent quant à l’antériorité du couvent et quant aux fondations originelles de l’actuelle église si toutefois elle a toujours été érigée à l’endroit que nous connaissons.

L’ancien domaine de Rettel d’avant le 12ième siècle ne comptait que les écarts de Koengisberg et de Beeschtroff. Il formait un territoire indépendant, à part des biens féodaux de Rustroff et de Malling. Il s’étendait de la rive gauche du Ruisseau de Montenach jusqu’aux limites occidentales de la commune actuelle. Il est donc fort probable que la paroisse de Rettel exista avant la création de l’ancien couvent. Mais cela n’exclu nullement l’existence antérieure d’un vaste domaine ou villa romaine Mais qu’il y avait-il au juste à ces endroits avant ces temps ?

En 1182, l’archevêque de Trêves Arnold de Valcourt incorpore l’église au couvent. Elle était connue pour ses beaux offices et ses riches décorations, puis avait été pillée par une bande de brigands qui sévissaient dans la région, « qu’elle n’était même plus en mesure de trouver les moyens nécessaires à la plus humble manifestation religieuse » (Abbé Hoffmann Le Couvent de Rettel). Pour souligner cette union entre l’église et les Chartreux, Saint Laurent et Saint Sixte II sont déclarés respectivement saints patrons de la paroisse et de l’institution monastique. En effet selon l’évêque Ambroise de Milan (397) le diacre Laurent aurait rencontré le Pape Sixte II ainsi que quatre autres diacres sur les lieux de leur martyr à Rome. Ils périrent pour leur foi sur un grill.

Pour mémoire Saint Laurent fut le saint patron de l’ancien village de Bruch (endroit supposé de l’actuel site de Marienfloss) près de Sierck, brulé à l’époque des invasions normandes peut-être ? Mais étaient-ce bien les Normands?

Les rapports canoniques des 17ième et 18ième siècle confirment que les Chartreux, installés à Rettel percoivent la dîme sur tout le territoire de la paroisse de Rettel qui s’étend de la rive gauche du Ruisseau de Montenach à Malling, malgré la construction nouvelle d’une église Saint Jean Baptiste à Sierck les Bains. Mais celle-ci construite par Jacques de Sierck, avec l’approbation canonique, ne reste qu’une filiale de l’Eglise Saint Martin de Rustroff. Ce rapport confirme à nouveau l’appartenance des fermes de Koenigsberg et de Beestroff au domaine de Rettel.

Le rapport canonique de 1743 précise également que les Chartreux de Rettel auront à leur charge les frais d’entretien du chœur et de la nef de l’église paroissiale du fait qu’ils sont bénéficiaires de la dîme sur tout le ban jusqu’aux limites matérialisées par le Ruisseau de Montenach. Le prieur ayant reçu la charge de curé de la paroisse nommera un vicaire hébergé à la Chartreuse et rémunéré par celle-ci. Sainte Lucie sera également vénérée dans cette paroisse selon le même rapport.

Après la tourmente révolutionnaire, l’exercice du culte catholique est rétabli dans le cadre d’une nouvelle organisation et selon le concordat. Rettel devient succursale de la paroisse cantonale de Sierck et du diocèse de Metz. Des biens de la chartreuse dispersés, l’église de Rettel récupèrera la chaire à prêcher, hélas détruite par les bombardements de 1944.

L’église est reconstruite en 1876.

Aux environs de 1900, les habitants de Rettel rassemblent l’argent nécessaire afin de doter le clocher d’une horloge qui permettra de voir l’heure ou de l’entendre durant leurs travaux dans les champs sur une grande partie du territoire.

Hélas les guerres se suivent. En 1944, lors des affrontements américano-allemands le village subi des bombardements américains venant de la rive gauche de la Moselle, les allemands étant basés dans le village. Comme une grand partie des maisons et le couvent, l’église eu sa terrible part: toiture et mobilier furent détruits et le clocher chancelant représentait un danger pour la population. Le cimetière autour de l’église n’était plus que décombres.

Le clocher est abattu partiellement au début des travaux de restauration de l’église qui se terminèrent en 1951. Les habitants ont encore en mémoire l’arrivée du nouveau coq étincelant qui fut présenté à la population de porte en porte. Des cloches nouvellement fondues ont été livrées en gare de Sierck et avaient été cherchées lors d’une grandiose procession avec des chariots attelés de chevaux de labour spécialement décorés pour ce grand jour. Le 26 août 1951, Monseigneur Heintz, évêque de Metz vint consacrer la nouvelle église. Ce fut également un jour de gloire : des arcs de triomphe avaient été dressés et les maisons furent décorées.

Durant l’indisponibilité de l’église de l’après la guerre, les offices religieux se tinrent à la chapelle du couvent. La première messe dominicale dans l’église restaurée eu lieu pour Noël 1950, elle fut célébrée par l’abbé Nennig qui quitta ce monde 50 années après, à quelques jours près.

Vers les années 1954, la superbe statue en bois représentant Notre Dame des Anges fut restaurée et ramenée au village. Monsieur Orth, le maire de l’époque la ramena avec sa voiture jusqu’au carrefour de route nationale. Le Village s’y rendit en procession la chercher un soir, les communiants de l’année ayant revêtu leurs habits de lumière pour l’occasion. Lorsque le cortège arriva sur les lieux il trouva la statue au milieu de la route, sous la surveillance discrète de Monsieur le Maire. Elle apparue dans sa nouvelle splendeur comme dans une vision céleste au soleil couchant. Le 12 mai 1954 Monseigneur Heintz procéda à la confirmation des enfants du canton.

Enfin de nouvelles orgues furent finalement installées vers la fin des années 1950.

Cette restauration de l’église fut le fruit du travail de beaucoup et la population retteloise a sa part tant sur le plan des offrandes que de celui de son travail. L’installation de nouveaux vitraux fut plus longue. Elle se réalisa progressivement. Il faut rendre hommage au curé de l’époque monsieur L’abbé Nennig et aux autorités municipales avec son maire Monsieur Orth de l’époque qui gérèrent ces travaux importants.

En 1952, en souvenir de son passage mémorable de 1147 à Rettel, Saint Bernard (délégué du Pape en mission dans les pays Rhénans) qui avait guéri d’un signe de croix deux aveugles et une femme paralysée, sera également vénéré par la paroisse. Saint Bernard était invoqué en l’église pour lutter contre la mort. Ainsi la paroisse de Fentange au Luxembourg se rendait-elle en pèlerinage à Rettel le premier vendredi après la Pentecôte. En 1724, elle fut dirigée sur Itzig.

Enfin depuis les ravages de la peste de 1636, la paroisse de Rettel fit les vœux de se rendre en pèlerinage, à pied bien sûr, de Rettel à l’Eglise Saint Martin de Rustroff tous les lundi matin de la Pentecôte.

Avant de ce qu’il est convenu d’appeler « la crise de l’Eglise », l’église était remplie chaque dimanche et elle offrait aussi une première messe dominicale matinale ainsi que des vêpres. Tous les jours de la semaine les enfants assistaient à la messe du matin avant de regagner les écoles.

La paroisse n’a plus de curé et elle est intégrée dans une Communauté de Paroisse nommée Notre Dame de Marienfloss. L’église du village ouvre ses portes occasionnellement pour accueillir les fidèles de ce groupement de paroisse selon un calendrier.

Rappelons que les biens immeubles de l’église appartiennent à la commune et sont administrés par un Conseil de Fabrique comme c’est le cas en Alsace-Moselle.

Les orgues viennent d’être restaurées, en 2006.

Depuis des temps bien lointains, les Rettelois commençaient leur vie à l’église au jour de leur baptême. Ils s’y rendaient au moins une fois par semaine jusqu’à leur mort. L’Eglise était le centre symbolique du village. Les temps ont changés.

Ainsi nous fêtions le 10 août le saint patron du village: Saint Laurent, par une kermesse villageoise, amplement reprise par la journée/kermesse de la « brocante ».

S’il convient de respecter la liberté religieuse, il convient également de respecter la mémoire et l’histoire vieille de mille années mouvementées, douloureuses parfois, laborieuses et pieuses de tout un village autour de son église. Que de gens de la terre et autres villageois, riches de sagesse populaire, se sont rendus régulièrement dans cette église, même après une dure journée de labeur, pour assister aux offices. L’église avait marqué leurs principaux évènements de leur vie. En passant autour de l’église n’oublions pas nous traversons un cimetière où repose la grande partie de notre histoire….

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Cette entrée a été publiée le 25 octobre 2017 par dans Val Sierckois Mystérieux, et est taguée , .
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