En 1952, en souvenir de son passage mémorable de 1147 à Rettel, Saint Bernard (délégué du Pape en mission dans les pays Rhénans) qui avait guéri d’un signe de croix deux aveugles et une femme paralysée, sera également vénérée par la paroisse. Saint Bernard était invoqué en l’église pour lutter contre la mort. Ainsi la paroisse de Fentange au Luxembourg se rendait-elle en pèlerinage à Rettel le premier vendredi après la Pentecôte. En 1724, elle fut dirigée sur Itzig.

Rettel, de Saint Bernard à Marienfloss 
Sujet traité par l’auteur sur Radio Jérico à Metz le 4 Novembre 2010 dans l’émission  » Pêle Mêle « , de 17 heures, de Jean Louis Baudoux et présentée par Florence Moritz :

« L’événement de plus important de l’histoire de Rettel, à notre sens, serait la visite que rendit à Rettel, une des plus grandes figures de tout le monde chrétien du Moyen-âge, que ce soit sur le plan spirituel, intellectuel et politique. Nous voulons parler de Saint Bernard de Clervaux, le père Abbé, qui fonda la célèbre Abbaye de Cîteaux, en 1112. Saint Bernard avait, au moment de passage dans la région, 57 ans. 

Que venait donc faire ce grand personnage dans ce petit village perdu au bord de la Moselle, dans cette paroisse placée sous le patronage de Saint Laurent, diacre, et de Saint Sixte II pape, tous deux martyrs par le feu le même jour à Rome, par la volonté de l’Empereur Valérien ?

La personnalité de Saint Bernard est particulière dans le sens qu’il resta toujours étranger aux vaines subtilités des scolastiques. Ce Saint homme est connu pour résoudre, d’un seul coup, les questions les plus ardues, par sa seule  » intuition intellectuelle « , au sens métaphysique du terme. Pour illustrer la grandeur de cette intelligence, Dante (1265) avait fait de Saint Bernard son guide dans certaines de ses études et travaux. 

Saint Bernard avait choisi, nous allions dire la négation de ce monde ; il voulu vivre cloîtré et se réserver entièrement à Dieu. Mais, il lui fut difficile de se consacrer exclusivement ce à quoi il se destinait et de se détacher de ce monde. Il fut souvent sollicité par les papes qui lui confièrent des missions de la plus haute importance, non seulement pour l’Eglise, mais pour l’Europe même. Par exemple, il fut chargé de ramener à l’Eglise les hérétiques néo manichéens en Languedoc. Il intervint au concile d’Etampes, afin de mettre fin au schisme provoqué par l’antipape Anaclet II et remettre sur le siège de Pierre Innocent II. Ce qu’il réussit. Pour cela, Saint Bernard du convaincre l’Europe chrétienne entière de reconnaître le pape Innocent, afin de ramener la paix dans l’Eglise. Il y ira jusqu’auprès du Roi d’Angleterre, du Roi Lothaire en Allemagne et auprès de nombreux évêques et personnages du monde chrétien. L’abbé de Clervaux fut un grand diplomate et un fin politique connu dans l’Europe entière, notamment en Allemagne, en France, en Sicile enfin partout. Pour résumer, Saint Bernard réussit à maintenir et à consolider l’unité de l’Eglise, par ses capacités personnelles, et éviter ainsi le schisme latent de l’époque. 

Plus tard, délégué par le pape Eugène III, Saint Bernard se rendit auprès de l’assemblée plénière du Vézelay ou devait se régler un différent en le Roi de France, Louis VII, et ses conseillers à propos d’une Croisade qui devait aller au secours des principautés latines d’Orient, menacées par l’Emir d’Alep. Après avoir donné lecture de la bulle papale qui conviait la France à la croisade, il prononça un discours qui fut certainement la plus grande action oratoire de sa vie. Devant le succès de son intervention, il parcouru les villes et les provinces et passa ensuite en Allemagne sensibiliser les princes à la cause d’une nouvelle croisade souhaitée par le pape. Et c’est à cette occasion que Saint Bernard vint à Rettel. Nous sommes en 1147.

Un vitrail dans l’Eglise paroissiale actuelle de Rettel, rappelle aux fidèles et aux visiteurs cette visite, au cours de laquelle, le Saint homme accompli des miracles. Ceux-ci appuyèrent sa prédication, comme des signes visibles de sa mission. Le Saint guéri d’un signe de croix deux aveugles et une femme paralysée. Il sera vénéré dans la paroisse jusqu’en 1724. Saint Bernard était également invoqué dans l’église de Rettel pour lutter contre la mort. Ainsi la paroisse de Fentange au Luxembourg se rendait-elle en pèlerinage à Rettel le premier vendredi après la Pentecôte. 

A cette époque Sierck les Bains était loin d’être érigée en paroisse. Ce n’était pas encore un village structuré. La rive gauche du Ruisseau de Marienfloss faisait partie de la paroisse de Rustroff et la rive droite avec l’abbaye même était le territoire de la paroisse de Rettel. Seul un château-fort et quelques maisons formaient au bord à la confluence de ce ruisseau et de la Moselle, une garde militaire des frontières du Duché de Lorraine. D’ailleurs les Seigneurs de la maison von Sierk, furent enterrés un temps donné dans l’église même de Rettel. Mais les relations entre cette seigneurie et Rettel, fût particulière en ce sens, que le village posséda toujours, même après le rattachement à la France en 1661, un statut fiscal particulier garanti par le Duc de Lorraine même. En revanche les Seigneurs de Sierck furent les voués du Couvent de Rettel créé en 800, par Effetia, la sœur de Charlemagne. Ce sont les Bénédictins qui s’y installent de 892. En 1431, ce sont les Chartreux venus de l’abbaye de Marienfloss, près de Sierck qui vinrent s’y établir. Le château de Sierck appartenait au Ducs de Lorraine qui séjournaient dans cette agréable petite cité. Jean 1er y avait même créé un atelier monétaire où l’on frappait monnaies, notamment le fameux Florin de Sierck. Saint Jean Baptiste y est représenté sur une des faces. 

Et à ce propos, les liens entre Saint Bernard et l’Ordre du Temple sont beaucoup plus importants qu’il n’y paraît. Il eut un rôle majeur dans la constitution de l’Ordre et dans l’élaboration de la règle constituée en 1129. Nous savons ce qu’est devenu l’Ordre du Temps après sa dissolution, en 1312, et la persécution de ses chevaliers, puis l’appropriation de leurs biens par le Roi Philippe le Bel, alors dans les besoins financiers pressants.

Quelle influence eut Saint Bernard, le cistercien, auprès du Duc de Lorraine, prince Lorrain étranger à la France et établi aux marches du Saint Empire, dont une partie des princes et de rois allemands allaient participer à la croisade pour laquelle Saint Bernard avait entrepris ce voyage en Allemagne et qui le conduisit à Rettel ? 

Il y eut-il un lien direct ou indirect entre Saint Bernard et les Hospitaliers à Contz (1133), qui furent affiliés à l’Ordre des Chevaliers de Jérusalem ou encore avec l’installation des Chevaliers Teutoniques en 1248 à Sierck ? Plus tard, en la fête de la Saint Jean Baptiste, en 1238, sur ordre du Duc de Lorraine Mathieu II, autorise et favorise la création d’un couvent de Cisterciens à Marienfloss. Cela n’est certainement pas un hasard et le passage de Saint Bernard a du laisser des marques ?

Marienfloss, ce fut un haut lieu du culte marial si cher à Saint Bernard. A cette époque le temps ne compte pas pour réaliser, même les œuvres demandées par Dieu, d’autant plus que les croisades mobilisèrent bien de ressources humaines et financières. 

Rappelons que c’est à Contz, le village des Hospitaliers de Saint Jean, qu’un rite solaire, très anciens, d’origine indienne peut-être, se déroule au soir de la Saint Jean et qui consiste à enflammer une roue et à la lancer du haut du village vers la Moselle. C’est un symbole hautement ésotérique. Cela symbolise la chute du soleil et le retour de l’humanité aux eaux primordiales. Cette roue est lancée en pleine direction sud, vers Marienfloss.

Marienfloss fut une réponse au paganisme encore vivant à cette époque et dans ces régions boisées. Le culte de l’arbre*, de l’eau et des roches persiste. Saint Bernard fut aussi cet envoyé chargé de sermonner le clergé pour une plus grande fermeté dans la lutte que mène l’église contre ces croyances païennes encore bien ancrées dans ces contrées mosello rhénanes. Le site de Marienfloss, c’est le cadre idéal pour un culte druidique. L’implantation d’une abbaye cistercienne vouée à la Vierge Marie en plein cœur de cet environnement marécageux, correspond bien au personnage de Saint Bernard de Cîteaux, le promoteur, si l’on ose dire, du culte à Marie et de la dévotion mariale. Il donna le titre de Notre Dame à Marie et se conduisit comme un véritable chevalier de Marie, qu’il considérait comme sa dame au sens chevaleresque du terme même des  » Fidèles d’Amour « . 

Marienfloss fut en 1424 un centre spirituel important. Les cisterciens partis, ils furent remplacés par des Bernardines, qui finalement laissèrent les lieux à quelques chartreux venus de Trêves. Parmi eux, il y eut Dominique de Prusse venu peut-être à Marienfloss soutenir Marguerite de Bavière, malheureuse dans son mariage avec Duc de Lorraine. Marguerite partageait avec les chartreux leurs réflexions sur une conception de la méditation du rosaire. Dominique de Prusse et ses frères dans la règle chartreuse conçurent un rosaire médité, peut-être révolutionnaire en soit dans le fait qu’il venait briser le rythme de la récitation des Ave.

Rappelons que le rosaire est une guirlande de grain de bois, un support de prière, que l’on égraine en priant. Ce support, nommé chapelet existe dans les religions orientales bien avant son introduction dans le Christianisme, et chez les Musulmans. C’est un mantram*. La nouveauté, selon Dominique de Prusse, fut de placer entre les deux parties de l’Ave une clausule, fruit de la méditation, se rapportant à la vie de Jésus et de Marie. C’était briser le rythme du chapelet. Ce rosaire n’eut pas l’agrément du pape Pie V, qui donna finalement à l’Eglise le rosaire de Saint Dominique, toujours en pratique de nos jours, et qui place la méditation en les dizaines d’Ave. 

Il y aurait lieu de réfléchir à l’influence laissé par Saint Bernard, le métaphysicien, dans le Val Sierckois, peut-être même sur l’origine lointaine de Marienfloss. Tout cela reste à être démontré, bien entendu. Et nous proposons de réfléchir sur ce mot composé en allemand se traduirait par Ruisseau de Marie. Certes. Et si Marienfloss traduisait tout simplement la fleur de Marie, ayant son origine plutôt dans le flos latin, la fleur, comme  » Flos Carmelis « , la fleur éblouissante de la Sainte Milice de Notre Dame du Carmel ? Et pourquoi pas ? Les litanies de la Vierge ont un sens très profond, proche de l’ésotérisme chrétien de l’époque. N’implore-t-on pas la Mère de Dieu, dans ces litanies oubliées à notre époque de simplification par Rosa Mystica, rose mystique, rose comme rosaire ? Cela ressemble tant à Saint Bernard. 
 »