Construit au bord de la Moselle, au pied du Stromberg et sur la route du vin, d’Wäistross, Schengen se présente comme un village de vignerons par excellence. Son vignoble est réputé pour son cru du Markusberg. L’agglomération dépendait de la paroisse de Perl (en Allemagne) jusqu’en 1803, puis rattachée à la paroisse de Remerschen (Luxembourg) jusqu’en 1807, et devenir enfin paroisse à part entière.

L’ancienne chapelle, d’une surface d’accueil de 63 m2 seulement, devenait ainsi église. Elle fut agrandie une première fois en 1870 par des artisans de la région, notamment par un maçon de Basse-Contz – Nidder Kontz en Lorraine voisine (Contz-lès-Bains). Le 29 janvier 1947 à 9 heures du soir, l’édifice religieux péri par les flammes. Les secours ne purent s’organiser efficacement, les conduites d’eau fonctionnant mal, le gel certainement en fut la cause, et il fallut pomper l’eau de la Moselle. On imagine ces secours à cette époque alors que l’église est située sur les hauteurs du village à flanc de coteaux. En 1949 la nouvelle église reconstruite sur les ruines de l’ancienne est une réussite. Schengen fut lieu de pèlerinage. On s’y rendait pour rendre hommage au Créateur et le prier pour la guérison des maux de têtes.

La maison Koch au centre du village est peut-être la plus ancienne et la plus pittoresque du Pays. Un château construit en 1812 sur les restes de l’ancien Wasserburg (château d’eau) dont une tour subsiste encore, fit longtemps office de prison. Cette propriété appartenait aux Sœurs dominicaines de 1839 jusqu’à ces dernières années. Victor Hugo lors de son séjour à Schengen au cours de son exil, à la fin d’un déjeuner au Château, le 13 septembre 1871, remercia ses hôtes en leur offrant le dessin de la tour qui venait d’exécuter à table même en utilisant le café du fond de sa tasse.

Le village a souffert indirectement des bombardements survenus durant la Drôle de Guerre de 1939-1940 et des combats de septembre 1944, mais aussi des projectiles causés par le bombardement d’une importante gare de triage à Perl (Allemagne) sur l’autre rive avant le débarquement des troupes alliées. L’église n’a pratiquement pas été touchée.

Face à l’ancien embarcadère l’on découvrira un Bildstock (calvaire) de 1612, nommé d’ Sonnenauerkräitz (croix solaire) pour son cadran solaire.

L’ancien embarcadère (d’Pont) a fonctionné jusqu’au début du siècle. Une coutume y était attachée. Tout homme recherché, quel que fut le motif du délit, pouvait bénéficier d’un droit d’asile de 6 semaines et de 3 jours, s’il parvenait à emprunter le bac. Il devait rester à bord et vivre des offrandes des passagers ou… mourir de faim. Ce droit a permis à beaucoup de gagner le temps nécessaire de faire la vérité sur leur culpabilité réelle ou encore de se repentir pour finalement se rendre.

Ironie du sort, c’est sur les mêmes eaux et au même emplacement de l’ancien embarcadère que furent signés le 14 juin 1985 les Accords de Schengen instituant la fin des contrôles de police aux frontières des états membres de l’Union Européenne.

Un pont de fer, construit en 1909, permettait au village d’atteindre la nouvelle gare de Perl (Allemagne), sur la nouvelle ligne de chemin de fer Thionville-Coblence construite en 1906 par la Reichbahn. Mais les bombardements de 1939, lors de la Drôle de Guerre, détruisirent le pont reconstruit en 1958 seulement. La Vallée de la Moselle est très étroite près de Schengen, ce passage se nommait d’Muselpuert, la Porte de la Mosellle. Une autre Porte d’un genre nouveau sera l’écluse de la Moselle construite en 1964 au point de convergence des Trois Frontières (d’Dräilännereck) entre la France, l’Allemagne et le Luxembourg. L’ouvrage, de six mètres de retenue, possède un escalier d’eau pour les poissons.

De nombreux frontaliers viennent s’approvisionner en carburant, tabac, alcool etc à meilleur marché ici et cela occasionne une circulation intense, nuisible à l’équilibre de la nature, autour du Stromberg et dans la vallée. Depuis la Signature des Accords, le village profite d’un tourisme journalier important qui profite à toute la région.

Schengen a de tous temps été visité pour ses marchandises à taxes réduites. Déjà en 1870, de nombreux soldats d’un bataillon de l’armée française venue jusqu’à Sierck pour la guerre, s’en allèrent à Schengen acheter du tabac, malgré l’interdiction pour des militaire en campagne de traverser la frontière d’un pays neutre. Les malheureux furent punis sévèrement. Après la dernière guerre, le jeudi jour de vacances pour les écoliers, nombreuses étaient les familles des villages frontaliers, français notamment, qui se rendaient à pieds à Schengen s’approvisionner en tabac, café, chocolat etc… Quelle fête pour les enfants !

Bibliographie

Norbert Etringer Schengen Editons JP Krippler-Muller, Luxembourg

Norbert Etringer Das Kriegsgeschehen an der Dreiländerecke – Editions JP Krippler-Muller– Luxembourg

Albrecht Gelz – Die Mosel von Rettel bis Schloss Thorn

Heimat und Mission Luxemburg Schengen Nr 1-2/1992 Nr 12/1991

Francis André-Cartigny – La Roue Enflammée de Contz les Bains Les Feux de la Saint

Jean, une Fête Celtique en Lorraine? – Editions Fensch Vallée