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Francis André-Cartigny

L’utilité du bilinguisme

 

Pierre-Jakez Hélias, l’auteur du célèbre livre « Le cheval d’orgueil », confiait à Jean Markal, l’éminent écrivain breton, auteur notamment de la « Femme celte », sur les ondes de France-Culture en 1972 : « Une langue, c’est quand même une accumulation d’expériences séculaires qui essaient de prendre à l’homme ce qu’il y a de mieux dans sa sensibilité, dans sa raison, son intelligence, tout ce que vous voudrez, et quand on parle breton, il est absolument impossible de dire la même chose que si l’on parlait français. De là d’ailleurs le fameux problème de la traduction qui est absolument invraisemblable. Lorsque l’on essaie de traduire d’une langue dans une autre, quand ça ne marche pas, c’est le coefficient civilisateur qui refuse de s’intégrer.… D’autre part, il y a aussi le fait que dans dix ans, le sous-développé, ce sera celui qui ne parlera qu’une langue. »

Les clochers de nos pays sonnent pareil mais résonnent différemment. Il en était ainsi de nos langages populaires et de nos dialectes locaux riches en diversité. Comme la terre nourricière colore le visage de l’homme, la robe et la saveur du vin révèle la nature du sol de la vigne et l’expérience du vigneron.

***

Au mot maman, l’image unique de la mère surgit instantanément dans l’esprit des auditeurs. Tel un pavé dans l’eau, ce mot magique provoque chez chacun le flash d’une image secrète, intime donc, pourtant partagée par tous. Le choc émotionnel provoqué dans l’assistance est  comparable au phénomène psychologique de groupe ou de foule.  L’intime c’est le particularisme. Il fait partie du général. Le ressenti de chacun ne peut être mesuré ni quantifié. L’amour, filial ou autre, est intraduisible comme tout vérité, si toutefois on la connait.  Les mots d’une langue expriment des pensées propres à chaque locuteur. Ils lui  apparaissent sous forme d’images comme des symboles compris des seuls initiés. Aristote disait que « l’homme, en tant qu’individu, ne pense jamais sans images », c’est à dire sans formes.

Depuis la nuit des temps, les dialectes se sont enrichis de la sagesse populaire des générations antérieures comme une plaine recueille les sédiments d’un fleuve, alors que les langues apprises sont des prêt-à-penser. Fort heureusement, comme une algue au fond du fleuve des langues nationales ou de communication, se développera toujours un langage second, argotique bien souvent. Par leurs dimensions, les langues nationales ou continentales atteignent tant de locuteurs de cultures différentes qu’elles ne pourront jamais ambitionner atteindre la subtilité d’un langage populaire et atteindre le cœur de tous. En revanche, elles sont génératrices de slogans, de prêt-à-penser et d’idéologie.

Le bilinguisme est utile et nécessaire. Le rester est difficile à présent. Cela demande un exercice constant ou un combat permanent. Il s’agit de préserver le particularisme nécessaire au général. Sa disparition favorisera l’uniformisation source de toutes les idéologies.

Voir la dissolution des langues

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