Mélusine, fille de la démoniaque Lilith, chante et danse les soirs de Lune près de la Fontaine de la Soif, proche de Lusignan. Raimondin, Comte des lieux, la rencontre après le drame dont il est bien involontairement responsable. Au cours d’une chasse au sanglier, il blesse accidentellement et mortellement son oncle le Comte de Poitiers. Désespéré, désemparé, il se rend à la Fontaine où danse la fée qui l’aidera à retrouver son honneur. Elle l’épousera. Le jeune Comte devra accepter formellement deux conditions 1 à cette union: de ne jamais percer le mystère de son épouse et de ne pas chercher à la voir le Samedi. En échange elle lui apportera chance, fortune, agrandissement de son domaine notamment et de ses dépendances. Dix enfants naissent de cette union. Chacun d’eux portera la marque des enfants d’essence d’une double nature: divine et humaine.

Le jeune époux respecte l’interdit et ne cherche pas à rencontrer son épouse le Samedi. Son entourage s’interroge. Peu à peu s’installe le doute dans son esprit. La jalousie de l’entourage est souvent à l’origine de la discorde d’un couple. Il succombera pourtant un Samedi en guettant sa femme par le trou de la serrure de la porte de sa salle d’eau. Elle prend un bain interminable. Raimondin observe patiemment. Soudain c’est la stupéfaction ! Il découvre la véritable fée avec un corps mi-femme, mi-poisson, battant l’eau de son bain d’une longue queue écaillée. Mélusine sur le champ sait la curiosité de Raimondin: il ne respecte pas ses engagements. Ipso-facto, elle recouvre une apparence féerique mi-démon, mi-dieu, puis celle d’un Dragon crachant le feu avant de s’envoler  avec ses enfants. Tout s’effondre pour Raimondin.

Connaître à tout prix la vérité se révèle parfois dangereux. Du puits vient la vérité. Il est dangereux de se pencher au-delà de la margelle : apercevoir le reflet de la lumière au fond du puits est risqué.

Un conte de fée possède toujours un sens ésotérique. La fée, c’est la personnalisation d’une puissance secrète qui nous aide à réaliser notre destin. Le mot fée provient d’ailleurs de « fatum », le destin. L’humanité s’est toujours servie de mythes, de légendes, de fables et de proverbes pour garder vivant un rêve qui dépasse notre compréhension et qui est le but de notre passage, ici, sur cette terre. Pendant des siècles, les hommes se servent d’un rite, d’un jeu et racontent une histoire sans en saisir le sens profond. Mais périodiquement, animée par un souffle nouveau comme le feu par le vent, la lumière et la chaleur renaissent des cendres du mythe ou du rite extérieur pour mener les êtres humains sur un autre chemin dans leur pèlerinage à la Vérité. « L’ésotérisme des contes de fées de Monsieur Motmans, Bardenbourg, Clairefontaine Belgique »

1 Le système royal celtique repose essentiellement sur le statut particulier de la femme. Le roi pouvait être soumis par la Reine à des contraintes nommées « géis ». Leur non-respect  pouvait provoquer la chute, voir la mort du Roi, sans pour autant celle de la reine, qui  était la seule la souveraine. Le rôle statique du Roi était combien important et puissant. Sa seule présence assurait la sécurité du Royaume. Jean Markale aux Editions Payot : « Le Roi Arthur et la Société Celtique »