Pour le jeune Bismarck de 17 ans, l’an 1832 sera celle de sa révélation. Ce fils de famille de petite noblesse terrienne prussienne (hobereau), étudiant dilettante jusque là s’ennuie. Il ne trouve pas sa voie dans ses études et rien ne l’intéresse vraiment. Il trouve même l’université déplorable. Cette année là, il s’inscrit pourtant à l’Université de Göttingen, une des plus en vue en Europe centrale de cette époque. Il y fera connaissance d’Arnold Heeren (1760-1842), un professeur d’économie et de commerce exceptionnel qui le marquera à jamais.

Arnold Heeren est le fils d’un marchand de Brême. Professeur d’économie et de commerce, il obtient une chaire d’histoire à l’Université de Göttingen. Bismarck ne manque aucun de ses cours d’ethnologie et de géographie général, ainsi que les cours de statistiques et d’histoire des états européens. Cet universitaire produira deux ouvrages qui feront sa réputation au point même que Goethe les considérera comme une œuvre majeure destinée à durer dans le temps. Il s’agit de « Idées politiques sur les échanges et le commerces des peuples des plus civilisés du monde entier » (1793 et 1796) et «Histoire du système européen et de ses colonies » (1809). L’auteur Arnold Heeren, développe l’idée qu’il ne sera plus possible de détruire l’équilibre global en faisant cavalier seul, ce que n’avait pas compris Napoléon et qui lui valu sa chute. Le professeur n’a cessé de fonder ses idées sur des fondements matériels économiques et commerciaux de la politique étrangère surtout.

Otto de Bismarck, fera ses études en compagnie de son plus grand ami John Motley Lothrop (1814-1877), un futur diplomate américain. Il fut certainement le plus grand mentor de Bismarck et certainement son ami et confident le plus cher. Cette grande amitié fut interrompue par sa mort en 1877. Les deux hommes suivirent toutes leurs études avec succès de 1832 à 1838, ensemble allant jusqu’à partager leur chambre d’étudiant. John Motley Lothrop, ancien d’Harward de la Nouvelle Angleterre, sera diplomate des Etats Unis, notamment à Londres puis à Vienne. Il fut spécialiste de l’histoire des Pays Bas et il écrit, même un roman intitulé Morton Hope qui fit découvrir à Bismarck  Byron, Goethe et de Shakespeare.

Ayant trouvé sa voie, le jeune Bismarck développa ses possibilités qui se révélèrent en lui et commença une vie politique internationale qui le mena au premier rang de l’histoire de la Prusse, de l’Allemagne et de l’Europe. Il compris que la diplomatie reposait sur l’idée que l’économie est la clef de la guerre et de la paix. Dans ses mémoires Bismarck confiait : « Mes idées sur la politique étrangère allait dans le sens des guerres de libération. » Mais cela n’était que le point de vue de sa période estudiantine.

Contraint de démissionner par l’Empereur Guillaume II en 1890, sa politique fut abandonnée. Cette rupture politique et diplomatique, annonçait par avance les drames de l’histoire du siècle suivant.

Le diplomate prussien aimait reprendre ses maximes bien connues qu’il su méditer et appliquer, par exemple : « Les évènements sont plus forts que les projets de l’homme » et « Il n’y pas plus dangereux que la politique de tendance et de sentiments »

Et pour finir nous citerons un passage du livre de René Guénon (1886-1951) « La Crise du monde moderne » : « Les relations établies sur le terrain des échanges commerciaux peuvent servir à un rapprochement, à une entente entre les peuples, alors qu’en réalité, elles sont essentiellement multiplicité et division, donc source de luttes et de conflits. Aussi, qu’il s’agisse des peuples ou des individus, le domaine économique est-il ou peut-il être celui des rivalités d’intérêts »

Ouvrage consulté : Lothar Gall dans « Bismarck » Fayard 1980.