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Francis André-Cartigny

Danser sur le Pont d’Avignon ?

« Dansons sur le Pont d’Avignon » est une chanson populaire connue dans le monde entier.

En 1177, des voix célestes auraient ordonné  à un jeune berger, le futur Saint Bénezet,  la construction d’un pont sur le Rhône. Il en informa son évêque. Ce fleuve violent, toujours en crue, avait déjà détruit tous les ponts de cette ville.

Photo Claire König 

Dans bien d’autres pays on « Dansait et chantait sur les pont » notamment en Allemagne. Les annales relatent qu’en 1278 à Marburg, ainsi qu’à Utrecht, des bandes de fêtards ivres peut-être auraient causé l’effondrement des ponts de ces villes par leur danse.

Les « briseurs de pont » furent toujours condamnés sévèrement depuis la plus haute antiquité dans de nombreux pays, jusqu’au 18ième siècle : des Indes à l’Europe. Que faut-il entendre exactement par « briseurs de pont » ? Cette expression nous viendrait du Bouddhisme. Les « briseurs de pont » chantent, dansent, rient et parlent bruyamment.  Ils  ne détruisent, ni ne dégradent pas forcément les ponts, mais ils s’y amusent. Pourquoi était-ce condamnable dans toutes les traditions du monde ?[1]

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Le Ciel et la Terre ne faisaient qu’un avant la Création, quand le Monde intermédiaire les sépara.

Celui-ci est symbolisé par l’eau, la mer ou encore un fleuve: la mer du temps et de l’espace. Sous le pont passe le Torrent[2], « l’épreuve des qualités par lesquelles l’être est emporté ». « Le fleuve est l’objet des sens qui submerge l’âme sous le déluge des passions »[3]. Ainsi le Pont, symbole du Passage, illustre la traversée du pèlerin ou du voyageur vers son salut. Sacré, il fallait le respecter au risque de tomber dans le torrent des épreuves et se perdre.

On dansait en chantant, plutôt sous les ponts que sur les ponts. Ces réjouissances réprimées en temps ordinaire furent certainement tolérées durant les périodes de Carnaval où les valeurs étaient renversées et où tout était permis, même singer les autorités et le clergé. Le message de Saint Bénezet à son Evêque, légende ou pas, n’échappe pas au symbole du passage.

Notes

Pont –  Sanscrit pârân provient du mot pri péril –  ou encore setu>si  lien, corde, attachement

Corde –  Seil allemand>Seite suite– Seel  luxembourgeois>Säit suite

Torrent – Sanscrit tiranti – Latin torrens

Billets sur le thème du Passage :

Le Gué

Références :

Ananda K. Coomaraswamy

Claire König

Auf einer Brücke tanzen

Es fürht über den Main

[1] Ananda K. Coomaraswamy – La Porte du Ciel – Chapitre « Le Pont périlleux du bonheur » – Dervy 2008

[2] Ps 109.7 « De torrénte in via bibet: proptérea exaltàbit caput

I.9 quand mon âme aura traversé les eaux dénuées de substance

[3] Ananda K. Coomaraswamy – La Porte du Ciel – Chapitre « Le Pont périlleux du bonheur » – Dervy 2008

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