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Francis André-Cartigny

La situation linguistique en Alsace-Moselle avant 1870

La convention impose la langue française

Les effets du décret de la Convention du 27 janvier 1794 – La situation en Alsace et en Moselle.

Avant la Révolution Française, l’Alsace relevait de cinq évêchés différents. Trois cent cinquante deux villages alsaciens dépendaient des évêchés de Spire en Allemagne et de Bâle en Suisse allemande. En Moselle, nombres de paroisses étaient rattachées à l’Archevêché de Trèves et de Spire. La langue d’enseignement fut toujours l’Allemand.

***

Les Jacobins envisagèrent la déportation des populations germanophones vers l’intérieur de la France en échange de l’intégration  de populations francophones en Alsace ! L’heure n’était pas à la légèreté, (L’Ouest de la France payait un lourd tribut pour sa résistance). Le 15 Novembre 1793, les familles réfractaires à la scolarisation  en français de leurs enfants  à l’école furent déclarées ennemis de l’égalité, et les institutrices dites « allemandes » durent quitter leur fonction. La peur de la déportation et le manque d’enseignants  dans les écoles provoquèrent une arrivée massive et subite de 600 à 900 enfants dans certains établissements.

En 1794, l’Abbé Grégoire déclara qu’il fallait anéantir les « patois » (dialectes aux idiomes étrangers). Il s’agissait de l’Italien (ancien comté de Nice), du Basque, du Bas-Breton, du Flamand (Flandre), de l’Allemand (Alsace-Moselle) et des  « mille patois et langues dégénérées » selon le même Abbé Grégoire. (Gaston May) !  A la suite de l’imposition du français, chaque commune devait créer sa propre école française et rejeter l’idiome allemand. Cette entreprise échoue par  manque d’instituteurs francophones et par le désintérêt total des municipalités mosellanes pour ce projet. C’est une véritable inertie en Moselle, sinon une résistance à l’application et à l’organisation du décret de l’Assemblée.

Quelques exemples illustreront les évènements de la lutte linguistique de 1789 à 1848 dans les départements lorrains et alsaciens opposés à la francisation. En 1830 la langue allemande régnait dans ces régions ! En 1848  ces oppositions prirent l’allure d’un véritable combat identitaire.

Les écoles de l’Alsace protestante, liées à l’église luthérienne de la confession d’Augsbourg, enseignaient la langue allemande pour l’étude de la bible.  La Révolution affirma y  mettre de l’ordre ! Changer brutalement les usages linguistiques d’un pays traditionnellement germanophone, alors que les instituteurs sont en place depuis 30 ans, se révèla un exercice difficile.

En 1850 au regard de la langue française, quatre-vingt sept institutrices n’étaient pas brevetées. En 1854, dans le Bas-Rhin, deux cent huit autres institutrices inventoriées sont classées médiocres par l’administration française et quarante classées nulles. La ville de Wissembourg au Nord de l’Alsace comptait mille et vingt six habitants, dont quatre cent soixante et douze ne comprenaient pas le Français.

Contrairement aux idées reçues, c’est la population mosellane  qui s’oppose le plus à la langue française. Les écoles y sont religieuses. Le clergé souhaite pourtant l’école bilingue où l’Allemand serait enseigné en première langue. Ce système fût appliqué au Grand-Duché de Luxembourg dès 1839.

En 1866, à quatre années de l’annexion allemande, la situation linguistique en France peut se résumer ainsi :

Sur 322 000 conscrits, soit une tranche de jeunesse en âge de faire son service militaire: 32% ne s’exprimaient qu’en breton, 40% qu’en Alsacien et 20% ne s’exprimaient uniquement que dans leur patois. En Lorraine  allemande près de  90% de la population s’exprimaient qu’en allemand et  près de 300 000 jeunes appelés ne comprenaient pas le français. Les départements alsaciens et Lorrains comptaient en ces temps près d’un million d’habitants. Cinq cent mille ne comprenaient pas la langue nationale. En 1867, le Préfet de Strasbourg parlent des campagnes comme des populations allemandes dont les maires, les notables et les élus réclament l’enseignement du Français! Nous sommes à trois ans de l’annexion allemande !

La francisation  adopta parfois des comportements ridicules. Le Sénat fut saisit par des intellectuels et des écrivains français d’une demande législative concernant la « suppression des accents si dérangeants pour les parisiens qui se rendaient en Alsace ou en Moselle ! » (Gaston May). Cet accent germanique ou alémanique est horrible, soi-disant ! De plus le même groupe de pression demanda à ce que les écoles normales de formation des maîtres du Midi et de l’Est de la France soient supprimées !

Les relations franco-allemandes et la géopolitique du moment ne favorisaient pas le développement biculturel de nos provinces de l’Est à la veille de la Guerre de 1870. La lutte pour le Français en Moselle et en Alsace fut un échec. La guerre approche,  nul n’ignore les intentions des fondateurs du futur empire allemand devant la situation linguistique dans ces provinces. Ils  ne manqueront pas de rappeler qu’il s’agit de populations « allemandes » vivant dans d’anciennes terres de l’Empire d’Allemagne déposé par Napoléon 1er.

En 1869, la lutte pour l’Allemand dans l’enseignement en Alsace et en Lorraine est cruciale. Une pétition circulait auprès des pères de famille pour réclamer l’enseignement simultané du Français et de l’Allemand. Elle recueillit un nombre imposant de signatures favorables à cette solution. Elle fut remise à  Napoléon III, lors de son passage à Strasbourg à l’occasion de son retour de voyage de Salzbourg. Il y avait rencontré l’Empereur d’Autriche, qu’il tenta de rallier à la cause française en cas de conflit avec la Prusse. Lors de son bref séjour dans la capitale alsacienne, l’Empereur des Français s’adresse aux instituteurs alsaciens et souligne leur zèle dans la propagation de la langue nationale. Il lâcha au Journal local « L’ami du Peuple – Volksfreund », diffusé en Lorraine également : «  de continuer leurs soins pour l’enseignement simultané de la langue allemande ».

Bismarck, en entrant en 1870 à Saint-Avold (Moselle) aurait montré au maire, qui protestait au nom de ses concitoyens de leurs sentiments français, la pétition en question, en ajoutant : «  vous ne me ferez pas croire qu’une population si amie de la langue allemande peut-être si ennemie de l’Allemagne ?» (Selon la notice sur Hanriot, dans le Livret de l’Association des anciens élèves de l’Ecole Normale de 1896. Voir Gaston May – La lutte pour le Français en Lorraine avant 1870 – Berger-Levrault – 1912.) Ce ne fut qu’un prétexte fallacieux, avancé par Bismarck pour justifier une annexion, alors que la lutte des populations pour la conservation de leur langage (l’allemand) fut une lutte pour la conservation de leur identité. Ces populations ne souhaitaient certainement pas leur intégration à un nouvel état centralisateur, fut-il d’expression allemande !  Demandons aux Suisses Allemands ce qu’ils en pensent?

 

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