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Francis André-Cartigny

Quelle union monétaire pour l’Europe ?

Selon Arnold Heeren[1] « la politique étrangère repose sur des fondements matériels, économiques et commerciaux :  l’économie est la clef de la guerre et de la paix ».

 

7385180-11372774Un idéal de paix inspirait les fondateurs de l’Union Economique et Monétaire européenne. Alors que le rideau de fer traversait encore l’Allemagne et pour longtemps dans les esprits, la première pierre des « Etats Unis d’Europe » était posée sur le ciment de la Réconciliation Franco-Allemande. Mais le projet allait s’emballer avec la chute subite du Mur de Berlin et la réunification précipitée de l’Allemagne, Wiedervereinigung. La France fut pris de court dans son élan européen. La réouverture de la Porte de Brandebourg apportait une vision nouvelle du Monde. Le spectre de la mondialisation provoquait une course effrénée pour l’Euro, une rafale de traités et de simulations en laboratoire par les critères de convergence. C’était confondre monnaie et économie ou mettre la charrue avant les bœufs. [2]

Les déficiences budgétaires et commerciaux sont généralement structurels, dans beaucoup de pays notamment dans ceux du Sud de l’Europe ainsi qu’en France. Souvenons-nous des dévaluations en chaîne d’avant 1990. Avant l’Euro, les fameux déficits budgétaires étaient noyés, sans frais, dans les comptes des banques centrales et se nommaient inflation. Or, les statuts de la Banque Centrale Européenne ne permettent plus ces pratiques, l’Allemagne ayant imposé les principes de sa Bundesbank. Les états concernés doivent donc s’endetter sur les marchés et redresser leurs comptes par des restrictions draconiennes : prélèvements fiscaux, mesures sociales etc. L’objectif étant de défendre la monnaie sur les marchés. Or il s’agit d’une monnaie unique, donc l’affaire de tous les états membres. Les déficits structurels de jadis persistent par nature et l’Europe a amoncelé une dette pharaonique  recyclée sur le marché mondial de la dette dont on ne connait pas les limites. Pourtant, il faudra bien nettoyer les comptes nationaux un jour et restaurer l’Euro sur les grands marchés qui se dessinent en Asie, notamment. Ces derniers pratiquent encore le troc, les barter’s. Que pouvons-nous troquer en dehors de notre savoir, les offsets ? A quoi sert l’Euro dans ces conditions?

Les conséquences de cette situation ubuesque pèsent sur le dynamisme économique de tous les pays membres. L’Europe a toujours existé et ses activités économiques se développaient par sa création de richesses et de son commerce dans le cadre d’accords internationaux. Aucune monnaie commune ou unique n’était nécessaire. Les zones monétaires optimales ou compatibles s’organisaient naturellement entre elles. Le commerce et les marchés sont des combats quotidiens et les traités internationaux les régulaient ou les adaptaient.

L’union monétaire ainsi conçue bride le développement économique qui repose sur l’«entreprise » sous toutes ses formes. Celle-ci a formé les régions qui s’épanouissent par nature dans une économie faiblement dirigée dans l’intérêt du bien commun. La Bavière, la Suisse, l’Alsace, le Milanais etc. sont ou furent des exemples. Les grandes régions artificiellement créées, sans nom et sans tradition, sont des associations à contre coeur certes et souvent contre la nature propre d’une région qui souhaite être reconnue.

L’économie est la clef de la guerre et de la paix. Certes les Européens ne se font plus la guerre, mais ils s’usent dans des discussions d’ordre idéologique et domestique, alors que le vent d’Orient se lève discrètement comme un certain de Gaulle l’avait prédit. Une monnaie commune aurait suffit à  une Europe sans politique commune et sans défense commune.

[1]   Arnold Hermann Heeren. 

[2] Un collectif de 155 économistes de renommée internationale avait lancé un appel dans le Journal « Frankfurter Allgemeine Zeitung » FAZ en 1998 intiluté « Der Euro Kommt zu früh ! » (L’Euro arrive trop tôt !)

3 commentaires sur “Quelle union monétaire pour l’Europe ?

  1. chachashire
    15 décembre 2017

    la monnaie porte toujours la tête du souverain.
    le $ est la monnaie mondiale et faute d’une gouvernance légitime dépend des opérations exterieures américaines pour garder ce statut.
    L’€ dés sa création a été un rival, et encore plus quand il est arrivé dans la vie des gens. Seulement il n’a jamais bénéficié de l’appui des 14 porte-avions nucléaires et 150 mille marines.

    Comment la cause européenne pourrait elle devenir suffisamment juste pour susciter chez des millions de jeunes l’envie d’en faire le sacrifice, éventuel, de leur vie ?
    Ben je parie que c’est pas sur les idées nationo-racistes et coetera, ni sur le financiarisme luxembourgeois. Donc… la monnaie – son intéret et sa force résulterait d’autre chose dont l’indépendance catalane, réussie, par exemple, ne serait que le 1er signe.
    Il n’est d’ailleurs pas certain qu’une seule monnaie soit la meilleure solution . le bimonétarisme est un système où coexiste une monnaie du voyage et des transferts de valeur avec une autre qui différe selon les endroits et qui s’adapte aux circonstances. Les 30 glorieuses ont vu ce système sous la forme de $ + FF, qu faute de gouvernance légitime du $ est à renouveler.

    Le yuan ? Vu Taïwan et Hong Kong le pouvoir qu’incarne cette monnaie ne fait mème pas réver tous les chinois… peut rmieux faire.

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    • fransl
      15 décembre 2017

      Je note une pertinente remarque, celle qui concerne la Catalogne. Et c’est bien cela dont il s’agit, d’ailleurs. J’envisageais une suite à mon billet dans ce sens et je le sous-entend en dernier (je crois). Quid de l’économie en Catalogne si elle acquière une réelle autonomie? Songez à Porto-Rico, sala monnaie est le US$, mais ce pays n’est pas un état des USA. C’est une caricature, mais certain pays de l’UE sont dans le cas dramatique de Porto Rico.
      Il ne faut pas s’accrocher au nom, ni à la forme de la monnaie. C’est la politique monétaire qui compte sur un plan domestique (dans le sens monétaire du terme). Où est-elle ? Tout est décidé Outre-Atlantique. La politique économique de l’UE n’étant pas définie je maintiens l’idée de la monnaie commune.
      Merci pour l’intérêt que vous portez à mes écrits. A très bientôt.

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      • chachashire
        16 décembre 2017

        La monnaie commune bien sur. Cependant la solution c’est d’avoir 2 monnaies, dont une locale qui peut avoir des particularités rigolotes : https://fr.wikipedia.org/wiki/Monnaie_fondante
        et surtout c’est les états-nations trop grands qui doivent disparaitre : la France est une utopie irréaliste comme l’Espagne et le Royaume Uni. Qui soutiendrait aujourd’hui l’idée que les Bulgares avaient intérêt à se trouver sous l’empire ottoman ?

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