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Francis André-Cartigny

L’immersion alsacienne

NIEDERBRONN.Wasenbourg.L1040358La Région-Alsace est rayée de la carte. Ses villes et ses villages manifestent pacifiquement leur profonde déception en arborant un crêpe noir à l’entrée de leurs agglomérations, comme en Moselle. L’Alsace a toujours défendu le bien commun dans le respect des institutions. Elle n’interpelle pas bruyamment les décisions d’ordre général, mais elle expose fermement son point de vue avec objectivité. Les racines de ces territoires ont poussé dans un terreau de liberté, au sens germanique et philosophique du terme.

Abandonnée dans l’histoire, elle lutta avec sa compagne la Moselle. Pragmatique, elle le fit en confiance avec ses notables ou ses élus. L’Alsace et la Moselle, réunies dans une seule territorialité, obtinrent leurs propres institutions régionales quasi étatiques dans le Kaiserreich, au même titre que la Bavière ou le Wurtemberg etc. Leur gestion fut exemplaire. La France, en retrouvant ces territoires, annula arbitrairement leurs institutions.

La démocratie indirecte s’emballe dans notre monde global. Elle ravive les sentiments d’autonomie des régions périphériques en général. Les exemples catalans et corses galvanisent d’une façon extraordinaire les particularismes locaux. Pourtant en 2012, les Alsaciens, consultés par référendum à propos de la fusion de leurs départements et de l’ensemble des conseils territoriaux, ne furent pas convaincus par la campagne électorale. Prudents et réservés,  ils se mobilisèrent peu.

Les instances européennes seraient ouvertes, de façon informelle, à l’autogestion des régions (?). Elles ont certes œuvré à la naissance des identités régionales, en finançant le développement et l’unification des langages régionaux et leur statut administratif. Cette politique allait de pair avec les encouragements d’un tourisme normalisé, voir réducteur. Or, depuis longtemps l’Alsace-Moselle a affirmé sa  personnalité et son potentiel économique. Elle est majeure.

Ancrée dans une grande région sans nom, quel sera le prix de la sortie de l’Alsace et quel sera son statut après cette immersion ?

Dans cette perspective, quel sera l’avenir de la Moselle germanophone, isolée, perdant à jamais son identité ?  Partenaire économique de l’Alsace, elle partage avec elle les reliefs de son bilinguisme en péril, son statut administratif et son droit local, auquel nul n’osera toucher, tant que l’Alsace restera à ses côtés. Il faut en avoir conscience.

 

10 commentaires sur “L’immersion alsacienne

  1. chachashire
    29 décembre 2017

    Une histoire de « France » qu’on ne nous apprends pas plus que la guerre d’Algérie.
    Ha !

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  2. wurtzele1
    31 décembre 2017

    Bjr, Franzl.

    Voici ma météo intérieure en ce qui concerne ce sujet.

    Si je tiens à défendre la culture et la mémoire alsacienne, j’ai du mal avec l’autonomisme. Je ne peux et ne veux plus l’envisager. L’Alsace, l’Allemagne, la France a finalement les représentants influents qu’elles méritent d’êtres avides à l’indépendance molle, voire inexistante. Les discours des autonomistes m’effrayent, leur vision et tendance politique également. #VieuxMonde

    Bien sûr ces nouvelles régions ne servent qu’à confisquer le pouvoir et limiter le nombre d’interlocuteurs, choisis pour leur malléabilité. L’alliance est nécessaire, mais elle est vouée à l’échec sans la désobéissance civile et le soutien populaire.

    À moins d’un sursaut qui serait surprenant à la vue la grande lâcheté des Alsaciens qui manient le double langage au propre et au figuré et surtout des élus, l’Alsace et la Lorraine crèveront dans l’indifférence quasi générale. On ne peut se considérer Alsacien ou Lorrain quand on n’a plus l’architecture mentale que seule la langue permet. On pense avec les mots, si on pense en français., eh ben, nous sommes français! Ce n’est pas l’étalage du folklore, de la gastronomie, des déguisements circonstanciels ou de notre gloire passée qui changeront quoi que ce soit à cela.

    L’Alsace a vécu, la France ne pouvait tuer l’Alsace sans la complicité de ses habitants. #RIP

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    • fransl
      31 décembre 2017

      Je m’attendais à votre commentaire et surtout à votre météo intérieure. Cela je le dois à la lecture de vos écrits et de vos réponses aux réactions de vos lecteurs.

      Vous avez tout dit et je salue votre franche réaction.

      C’est bien cela mon désarroi : l’architecture mentale, la mienne est là, mais elle tombe en ruine faute de locuteurs ou d’interlocuteurs valables ou courageux…. En un mot j’ai l’impression de faire partie du folklore, celui-ci étant la dégénérescence des traditions.

      Merci et bravo

      Fransl

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      • wurtzele1
        31 décembre 2017

        J’ai également une carence de pratique et souvent les mots me manquent (même si parfois ils me reviennent après) et je termine en français (ou les remplacent par de l’allemand). Par manque de fluidité, le plus pratique étant le Français et je n’en suis pas très fier. J’ai vécu 10 ans dans le sud de la France, heureusement j’avais fait la rencontre d’un Jenisch du Bas-Rhin avec qui je pouvais converser de temps à autre. Je me considère comme un alsacien en décomposition. Comme je l’ai déjà dit, je ne jette pas la pierre. ., j’ai fait partie intégrante de ces lâches que je mentionne. Plante tardive, il m’aura fallu du temps pour ouvrir les yeux et sortir de ma paresse intellectuelle !

        Aimé par 2 people

      • fransl
        31 décembre 2017

        On en est tous là. La vie active et moderne nous prend. Il faut du temps pour atteindre un peu de sagesse.
        J’ai fait le voyage inverse. J’ai quitté tôt et ai voyagé au delà des mers. Le hasard de la vie professionnelle m’a ramené à mes sources et surtout fait voyager professionnellement dans les pays de langues allemandes. L’éclairage, à propos de nos régions et de notre problème, recueilli de ces pays, au fond de l’Autriche par exemple ou à Berlin, est surprenant. Nous avons tendance à globaliser. Il faut admettre la situation personnelle d’un individu. L’association territoire-culture c’est (hélas) le passé.
        Mais cela ne reste qu’anecdotes personnelles. Et comme vous le dites, il s’agit d’une situation générale liée au relativisme propre à notre époque et favorisé par je ne sais qui ou si.

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  3. wurtzele1
    31 décembre 2017

    A reblogué ceci sur Elsasser Wurtzle.

    Aimé par 2 people

  4. fransl
    31 décembre 2017

    Merci.

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  5. fransl
    1 janvier 2018

    Eric Riesling
    31 décembre 2017

    Bonjour

    Un beau billet triste et pertinent. Nous ne pouvons que nous en prendre à nous mêmes, à nous chamailler entre nous. La France centralisatrice écrase toutes ses identités. Et puis voilà. Ceci dit l’Alsace ne disparaît pas ! La particularité première ne tient pas dans le peuple, nous sommes un peu vaniteux car l’Alsace n’est pas les alsaciens ! Le » pays » Alsace a toujours marqué ses habitants. Il y eut de grandes purges par les guerres par exemple, et des vagues de migrants sont arrivés sur une terre désertée et ravagée. Pourtant l’Alsace est toujours une terre à forte identité. Alors c’est pas quelques arrogants peigne culs dans des salons dorés qui vont changer cela, ni une population lâche de ses origines et indigne d’une terre qui leur apporte encore de la richesse. Par contre selon moi la richesse de l’Alsace date du saint Empire, oui ça fait loin mais la majorité des grandes richesses datent du moyen âge.
    c’est toujours un plaisir de vous lire, merci.

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    fransl
    31 décembre 2017

    Très juste quant à la richesse qui date du SainEmpire, pour simple exemple.

    Aimé par 1 personne

    Réponse
    wurtzele1
    1 janvier 2018

    Je vais vous faire une longue réponse, je vous prie de m’en excuser par avance. Vous avez raison l’Alsace,ce n’est pas les Alsaciens, la Bretagne dans cette logique géographique, ce n’est pas non plus les Bretons. L’identité régionale au sens commercial n’est pas l’ADN d’un lieu. Que l’on le veuille ou non, l’architecture mentale se fait par la langue. Je vais prendre un exemple extrême, si demain la langue la plus utilisée en Alsace était l’arabe, elle n’ aurait plus son identité millénaire, mais une nouvelle en conservant peut-être des éléments de folklore ou des traits psychologiques . C’est en cela si l’on pense en français, nous ne sommes plus les représentants historiques qui ont fait la référence que nous utilisons. L’architecture mentale est l’identité originelle et l’alsacien est une langue plus ancienne que le français ou l’allemand. Alors quand vus soutenez que « la particularité première ne tient pas dans le peuple ».., je n’ai aucune idée de quoi vous voulez parler!

    Jusqu’à peu dans l’histoire, tous les personnes qui s’installaient en alsace (meme les allemands) s’assimilait à son peuple en apprenant la langue. J’ai connu des italiens, des espagnols, des africains, des magrébhins qui tous parlaient l’alsacien et en reprenaient les codes. Dialectes, patois et sociolectes permettaient à travers les siècles l’identité profonde.

    Quand on voyage, on fait l’expérience du choc des cultures et sans aller loin, en vivant dans le sud, j’avais l’impression d’etre sur mars!

    La vanité de l’identité est un autre problème, c’est la raison pour laquelle je montre souvent la face sombre des alsaciens dont on ne parle pas habituellement. Le Saint-Empire Romain Germanique a laissé des traces et a permis l’explosion de richesses matérielles, artistiques et intellectuelles, mais les traits principaux le sont par l’usage du francique et de l’alémanique via l’activité fluviale. Nous avons plus de points communs avec les bourbines et les badois qu’avec la France même si l’on a prit à gauche et à droite des traits des étrangers qui nous ont envahit.

    Plus de locuteurs qui pensent « Wie de Schäddel geböje esch », c’est simplement plus d’alsaciens. On aurait tort d’y voir une vanité identitaire où un élément mineur dans cette identité. La langue alsacienne va à l’essentiel tandis que le français est une langue qui tourne autour du pot. J’ai expérimenté dans ma vie, dans le vécu de ma famille cette transition destructrice qui a fait de notre région une caricature d’elle meme. J »en ai fait le deuil et je ne fais pas partie de ceux qui se déguisent pour affirmer une identité en défilant avec des drapeaux « Rot und Wiss ».

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    fransl
    1 janvier 2018

    « La langue française tourne autour du pot ».

    Les langues anciennes, notamment, l’alsacien, le francique, etc. se différencient des grandes langues nationales, par leurs structures de pensée: le syllogisme, l’idée principale offerte directement dans la phrase. Elles sont directes et brutales.

    Les grandes langues s’adressent à une masse de locuteurs et inversent leur syllogisme. L’idée principale est préalablement conditionnée et révélée dans un second temps. Au bout du compte on obtient un « sujet-idée conditionné ». Excusez cette grossière définition.

    Avec le temps, les langues populaires, à force d’immersion, usent les structures mentales des locuteurs. Les langues minoritaires, qui véhiculaient encore un peu d’esprit particulier et surtout des valeurs traditionnelles, ne le pourront bientôt plus. Il sera de plus en plus difficile de s’affirmer alsacien, mosellan ou picard etc…

    Le reste n’est que folklore, c’est à dire la dégénérescence..

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    Aimé par 1 personne

  6. wurtzele1
    1 janvier 2018

    Il y aurait tant à dire, mais il est difficile de parler de ces choses. Il y a tant de tabous intellectuels, tant de délits d’opinions qu’i est impossible d’être mentalement indépendant sans être hors-la-loi. Je n’exagère pas. L’Alsace semble être arrivée en bout de cycle, mais à l’heure de la mondialisation, mon choix n’est pas de faire revivre le passé, de mettre l’Alsace sous perf pour qu’elle profite plus longtemps de son agonie, mais d’accompagner la mourante. Mes choix politiques vont en faveur de la masse populaire, des avancées sociales et environnementales très éloignées de la cause alsacienne que je compte défendre si elle va dans le sens de l’humain d’abord (sans tomber dans les pièges de la bien-pensance d’idéalistes qui font de la politique ou de la philosophie une autre forme de religion).

    Aimé par 1 personne

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